POLYPHONIES CORSES



17es rencontres chants polyphoniques de Calvi -  Affiche conçue et réalisée par Area Communication
Affiche conçue et réalisée par Area Communication (ZA Corbara 0495315405)

Rencontres polyphoniques de Calvi : une bonne raison pour visiter la Balagne


Extrait du site de l'office du tourisme de la ville :
"Afin de perpétuer l'héritage des chants polyphoniques et de l'ouvrir à d'autres cultures partageant la même expression polyphonique, l'association U Svegliu Calvese en collaboration avec le groupe de chanteurs polyphoniques A Filetta, a crée ses rencontres en 1988. Elles sont aujourd'hui un rendez-vous musical d'une grande qualité où se croisent et s'entremêlent les voix de chanteurs venus du monde entier : mongoles, inuits, tibétains, sud-africains, cubains, sardes... Au delà de son envergure internationale, cet événement met en valeur tout l'espace et l'architecture de la haute-ville dont le cœur bat au rythme de concerts, d'ateliers et de rencontres consacrés à l'art du chant avec un grand C."
Période : 5 jours à la mi-septembre 
Renseignements : Association U Svegliu Calvese, tél : 04.95.65.23.57, E-mail : svegliu@wanadoo.fr


Compte-rendu des dernières rencontres polyphoniques du 13 au 17 septembre 2005
 réalisé par Jean-Claude Casanova

Le texte et les photographies de cette page sont l'œuvre de  Jean-Claude Casanova qui a désormais son propre site L'invitu, site sous l'emblème de la fougère consacré notamment à A Filetta et aux rencontres polyphoniques de Calvi mais aussi à de nombreux autres aspect de la vie insulaire. Un site à visiter ! 

Sur Jean-Claude Casanova : Issu d'une famille corse (ligne paternelle originaire de Sollacaro, maternelle de Sartène), il est né sur le continent et y réside toujours. Il n'a connu la Corse qu'à l'âge de 18 ans mais y retourne en famille pratiquement chaque année. Inconditionnel du groupe A Filetta depuis la fin des années 80, il assiste à un maximum de leurs concerts. De ce fait, il a souvent l'occasion de discuter avec Jean-Claude Acquaviva ou un autre membre du groupe, avant ou après les concerts. Un très bon correspondant donc, que j'ai eu beaucoup de plaisir à héberger. Il me fait l'honneur et l'amitié de pouvoir conserver ces pages sur les rencontres polyphoniques de Calvi, même si je vous invite désormais à consulter son site pour en savoir plus sur cette manifestation.


Ces Rencontres ont vu le jour dans un contexte très difficile. Le financement et la programmation ont été bouclés in extremis, à telle enseigne que le programme n’était disponible que 10 jours avant l’ouverture. Alors que le Svegliu Calvese, dont on ne saluera jamais assez le travail admirable accompli par ses bénévoles, se débattait dans les problèmes de financement, deux élus de la Collectivité Territoriale dévoilaient le montant de la subvention accordée sans aucun débat à Michel Drucker pour son Vivement dimanche à Calvi : plus de 100.000 euros. Sans commentaire…

Mardi 13 septembre 2005, Bastia

(Trop) court concert d’accueil d’A Filetta, qui chante Beati, Kyrie, U Lamentu di Maria, L’Arditezza, deux chants d’Himalaya, un extrait du Libertin, Rex, Pater Noster et pour finir un Lamentu di Ghjesu bouleversant, avant d’accueillir le 1er invité de ces 17es rencontres : le groupe mongol Egschiglen. Après de nombreuses péripéties (perte et casse d’instruments pendant le voyage), ce groupe composé de 6 musiciens et une danseuse nous fait découvrir sa musique très virtuose, par les acrobaties vocales du khöömie (chant diphonique) mais aussi sur le plan instrumental sur cithare, basse et luth à deux cordes. Quelques aperçus de danse mongole où l’on sent une certaine parenté avec Bali par l’importance de la gestuelle des mains et des bras. Rythmes chaloupés des caravanes, cavalcades des chevaux, traditions chamanes sont également évoqués par cette belle musique loin du folklore.

Mercredi 14 septembre 2005, Calvi

Les Rencontres de 18h s’ouvrent avec Madrigalesca. Ce groupe à géométrie variable composé ce jour de Gigi Casabianca (chant), Nicole Casalonga (clavecin et chant), Anne Pellegrini (flûtes, dont la pivana) et Joëlle Tomasini (chant) présente un lien équilibré entre musique savante et musique populaire. Très belles voix, notamment de Gigi et Joëlle. Comme chaque année, les concerts de 18 heures donnent lieu à de passionnants échanges entre les groupes et Philippe-Jean Catinchi. Le public peut également poser des questions.

A 21h30, les chants d’A Filetta (U Casticu, Figliolu d’Ella et A Paghjella di l’Impiccati : la perfection) accueillent Silvia Malagugini et son groupe, la Compagnie Nonna Sima. La démarche du groupe s‘apparente à celle de Madrigalesca : mélange de « populaire » et de « classique », de culture savante et de tradition orale. Ces Mystères sont une rencontre entre « Il Laudario di Cortona », recueil de laudes du XIIIe siècle, Monteverdi, Stradella et les chants traditionnels d’Italie du Sud, où des influences multiples, notamment arabes, se font sentir. Ca débute au berimbau, on croirait entendre Nana Vasconcelos, puis les 2 hommes (Edmond Hurtrait et Fréderic Lair) paraissent avec des bougies allumées qu’ils disposent sur la balustrade. Le chant des deux femmes (Silvia et Joëlle Faye) arrive du fond du chœur. Et nous voilà embarqués dans l’histoire de Marie, chant tour à tour baroque, arabisant, italien populaire. Etonnant chant diphonique de Mathias Duplessy qui joue également de l’oud, de la guitare et des percussions. Ovation méritée du public. Pour conclure la soirée, A Cumpagnia a peut-être pâti de l’heure tardive et de la programmation très riche de cette journée. Leur chant puissant, enraciné dans la tradition tout en recherchant des formes innovantes, a séduit le public.

Jeudi 15 septembre 2005, Calvi

Aux Rencontres de 18h était programmé le Warsaw Village Band en formation restreinte : les trois femmes (Maya Mayall Klezcz, violoncelle et chant, Magdalena Sabczak, cymbalum, chant, et Sylwia Mazura Swiatkowska, violon, suka et chant) ont présenté leurs « voix blanches » mêlées aux instruments traditionnels, notamment le suka, violon se jouant avec les ongles. Etonnant, frais, souvent très beau. Une « musique du chaos », prenant sa source dans les chants traditionnels mais à travers un style personnel et actuel, comme l’a très bien expliqué Maya, dans un français excellent. 

A 21h30 Pater Noster, Le Lac et U Furore chantés par A Filetta introduisaient Mahwash, grande chanteuse afghane accompagnée par l’ensemble Radio Kaboul. Pour ma part j’ai davantage apprécié les duos tabla/sitar de Prabhu Edouard et Ustad Khalil Gudaz que le chant.

Le Quartet Bulgaria Slaveï a recueilli les ovations du public enthousiaste. Ces quatre chanteuses (deux sopranos, une mezzo et… une basse) au physique imposant ont non seulement des voix admirables mais aussi un humour certain. Leur répertoire puise dans les chants religieux aussi bien que dans les chants traditionnels profanes. Technique vocale parfaite. Et pour finir, elles ont annoncé « une surprise pour nos amis d’A Filetta ». Et ont entonné « A Violetta » dans un corse parfait. La Cathédrale debout les a acclamées !

Vendredi 16 septembre 2005, Calvi

A 18h le groupe marseillais Lo Cor de la Plana mené par Manu Théron a présenté son répertoire de chants sacrés de Provence ou plutôt ses « polyphonies trépidantes ». Très surprenant chant scandé, trépidant effectivement, circulaire, parfois proche du rap, sur des textes évoquant notamment la vie d’Alexis, saint déchu, ou empruntant aux Noëls de Notre-Dame des Doms. Décapant !

Le soir, le temps étant menaçant, le spectacle initialement prévu sur la Place d’armes avait lieu dans la Cathédrale. Le Cuncordu de Orosei se présentait avec un violoncelliste hollandais, Ernst Reijseger et un percussionniste écossais, Alan Purves. Très étonnant quant on connaît l’attachement des sardes au chant traditionnel, ici subverti par le jeu complètement dément du violoncelliste, qui utilise son instrument de toutes les manières possibles (en accords comme une guitare, en grattant les cordes avec une clef, en l’utilisant comme une percussion…)

Pour finir, le Warsaw Village Band au complet a enflammé la Cathédrale. Concert très différent de celui de la veille, très rythmé, avec des influences multiples. Le « bio techno » polonais, sorte de transe cadencée par les percussions, les violons nerveux et les voix fortes des chanteuses. Une fois de plus, le public était debout.

Samedi 17 septembre 2005, Calvi

A partir de 16 h, Pierre Bertoni présentait avec talent et humour les chants des Confréries, rejoints par Silvia Malagugini et son groupe et les Sardes du Cuncordu de Orosei dans l’Oratoire A 18h leur succédait U Fiatu Muntese (dont l’un des chanteurs est d’ailleurs membre d’une Confrérie). Depuis ses débuts en 1994, ce groupe devient meilleur chaque année. Le concert de ce soir était magnifique, mêlant chants a cappella et compositions avec instruments.

Le final s’annonçait étonnant : 42 enfants de Calvi devaient jouer sur la Place d’Armes « Fantastica, la Grammaire de l’imagination », mise en scène par Orlando Forioso sur la base de textes de Gianni Rodari. Et Paul Giansily nous avait promis une surprise… La pluie battante a malheureusement contraint les organisateurs à modifier le programme en dernière minute : à la Cathédrale, Lo Cor de la Plana et le Cuncordu de Orosei précédaient A Filetta, pendant ce temps les autres groupes chantaient à l’Oratoire.

Après d’excellentes prestations des groupes marseillais (encore plus délirant que la veille) et sarde, A Filetta nous a offert sa surprise : quelques extraits de Si di Mè, avant de présenter les chants du spectacle théâtral. Nous étions prévenus, mais la surprise fut grande de découvrir A Filetta dans un registre tout à fait nouveau : le comique. Fous rires du public en voyant Paul déchaîné prendre la voix et les mimiques d’une sorcière, du petit chaperon rouge, d’un garçonnet… Tout le groupe s’amusait visiblement en chantant l’histoire de Pasqualinu-qui-perd-tout, évoquant tour à tour Tarzan, le Père Noël et pour finir « le plus fou des corses », Napoléon.

Après cette soirée animée, le déluge qui s’est abattu sur Calvi, transformant les rues de la citadelle en torrents, n’a même pas réussi à doucher l’enthousiasme des spectateurs.

Pour conclure, malgré les problèmes cités plus haut, en dépit des intempéries, une réussite éclatante, une programmation pertinente et audacieuse, avec en fil conducteur : une création prolongeant et renouvelant la tradition. Pour reprendre les termes de Jean-Claude Acquaviva : « La tradition n’a de sens que si elle continue d’être le reflet d’une communauté qui avance».

Il appartient maintenant au public d’aider à pérenniser ces Rencontres « en faisant progresser l’idée qu’un vrai partage ne peut trouver d’écho favorable dans ce qui pourrait s’apparenter à une logique d’animation ».

Calvi 2005 : photo JC Casanova

Merci à Jean-Claude Casanova pour sa très amicale collaboration à ce site. 
Affiche des rencontres avec l'aimable autorisation d'Area Communication (Corbara)



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Dernière modification le 03/06/2006