POLYPHONIES CORSES



16es rencontres chants polyphoniques de Calvi 2004 - Affiche réalisée par MEDIATERRA
Affiche réalisée par Médiaterra - avec leur aimable autorisation.

Rencontres polyphoniques de Calvi : une bonne raison pour visiter la Balagne


Extrait du site de l'office du tourisme de la ville :
"Afin de perpétuer l'héritage des chants polyphoniques et de l'ouvrir à d'autres cultures partageant la même expression polyphonique, l'association U Svegliu Calvese en collaboration avec le groupe de chanteurs polyphoniques A Filetta, a crée ses rencontres en 1988. Elles sont aujourd'hui un rendez-vous musical d'une grande qualité où se croisent et s'entremêlent les voix de chanteurs venus du monde entier : mongoles, inuits, tibétains, sud-africains, cubains, sardes... Au delà de son envergure internationale, cet événement met en valeur tout l'espace et l'architecture de la haute-ville dont le cœur bat au rythme de concerts, d'ateliers et de rencontres consacrés à l'art du chant avec un grand C."
Période : 5 jours à la mi-septembre 
Renseignements : Association U Svegliu Calvese, tél : 04.95.65.23.57, E-mail : svegliu@wanadoo.fr


Compte-rendu des dernières rencontres polyphoniques du 14 au 18 septembre 2004
réalisé par Jean-Claude Casanova

Le texte et les photographies de cette page sont l'œuvre de  Jean-Claude Casanova qui a désormais son propre site L'invitu, site sous l'emblème de la fougère consacré notamment à A Filetta et aux rencontres polyphoniques de Calvi mais aussi à de nombreux autres aspect de la vie insulaire. Un site à visiter ! 

Sur Jean-Claude Casanova : Issu d'une famille corse (ligne paternelle originaire de Sollacaro, maternelle de Sartène), il est né sur le continent et y réside toujours. Il n'a connu la Corse qu'à l'âge de 18 ans mais y retourne en famille pratiquement chaque année. Inconditionnel du groupe A Filetta depuis la fin des années 80, il assiste à un maximum de leurs concerts. De ce fait, il a souvent l'occasion de discuter avec Jean-Claude Acquaviva ou un autre membre du groupe, avant ou après les concerts. Un très bon correspondant donc, que j'ai eu beaucoup de plaisir à héberger. Il me fait l'honneur et l'amitié de pouvoir conserver ces pages sur les rencontres polyphoniques de Calvi, même si je vous invite désormais à consulter son site pour en savoir plus sur cette manifestation.


Mardi 14 septembre 2004, Cathédrale Ste Marie à Bastia :

Premier concert pour A Filetta autour des Musiques de films de Bruno Coulais : de larges extraits, complètement réarrangés pour le groupe sans accompagnement musical, de Don Juan, Himalaya et du Libertin. Performance remarquable sur des compositions qui sont loin d'être faciles et dans un lieu pas forcément approprié. La Cathédrale de Calvi, plus petite, se prête mieux au chant tout en nuances d'A Filetta. Un petit plantage sur La Mort de Don Juan. Cela arrive même aux meilleurs !

Pour le deuxième concert, Jean-Claude avait prévenu le public : ceux qui n'ont jamais entendu les Voix de Géorgie allaient être soufflés. Effectivement, tant l'aspect physique de ces douze géorgiens en costume traditionnel (bottes de cuir, cartouchières et poignard au fourreau) que la puissance de leur chant ont enthousiasmé le public. Les géorgiens ont offert un éventail de leurs capacités, avec des chants religieux, des chants de mariage,  de labour, de célébration, de chasse, d’amour, passant du plus tonitruant au plus doux.

Retour à Calvi ce mercredi 15 septembre 2004 pour un premier concert à la Cathédrale du groupe féminin Isulatine Né en 1998, Isulatine réunit Antoinette d'Angeli, Elisabeth Andreani et Letizia Giuntini. Ces trois jeunes femmes issues du jazz ou du chant traditionnel (Letizia a vécu toute son enfance à Lumio à côté du Carubbu cher à A Filetta)…ont déjà chanté ensemble dans différentes formations (Anghjula Dea) autour d'une même passion pour le chant. Comme le laisse présager le nom du groupe (Isula+latine), leur répertoire témoigne d’une volonté d’ouverture et se compose d'une palette de chants d'horizons très différents.

Leur concert reprend en majeure partie les morceaux de leur album Sogni d’Aprile enregistré en avril 2003, des créations en langue corse et des chants traditionnels d'ici ou d'ailleurs (un morceau jazz, une berceuse géorgienne, une paghjella, une nanna).

 Le soir, deux concerts : tout d'abord de nouveau Les Voix de Géorgie. Le concert s’est terminé sur … Dio Vi Salvi Regina chanté avec A Filetta !

Puis venait Okna Tsahan Zam (Kalmoukie). Autre moment étonnant que de découvrir le chant diphonique issu du chant mongol traditionnel.

Le jeudi 16 septembre 2004, à 18 h le groupe réunionnais Salem Tradition se produisait dans la Cathédrale. Ce groupe de trois chanteuses et deux musiciens chanten le maloya, chant d’origine africaine interdit encore récemment par les autorités françaises. Du punch.

A 21h 30 dans la Cathédrale, A Filetta présentait "Di Corsica Riposu, Requiem pour deux regards" créé dix semaines plus tôt pour le festival de St Denis. Une œuvre âpre, assez ardue à la première écoute, avec des moments de grâce comme dans Figliolu d'ella chanté en trio par Paul, Jean-Luc et Jean et des moments d'extrême tension comme le Rex Tremendae avec des dissonances inhabituelles. Textes de Borges lus par la belle voix grave de l'omniprésent Pierre Bertoni, que l'on a vu successivement au cours de ces Rencontres chanter, déplacer des barrières, aider une personne handicapée, animer un atelier de chant, toujours avec le sourire.

Vendredi 17 septembre 2004, c'était le tour des Albanais de Tirana. Un moment d'inquiétude quand Philippe-Jean Catinchi a souligné la proximité de leur technique vocale avec celle des sardes (les présents en 2003 se souviennent encore des différents chants (de travail, de baptême, de fête, etc) impossibles à distinguer les uns des autres lors du passage des forts sympathiques au demeurant chanteurs d'Orosei. Heureusement, il n'en fut rien, et ce concert fut très intéressant. La polyphonie albanaise traditionnelle est à cinq voix, constituées du « preneur » (l’équivalent de la seconda) du « rendeur » et du « lanceur » ou « coupeur », soutenus par un bourdon. Gag : lors du débat, une traductrice était chargée de relayer en albanais les questions de l'auditoire et de traduire les réponses en français. Or, le chanteur albanais répondait en italien, ce qui fit dire à plusieurs personnes qu'elles comprenaient l'albanais !

A 21h30 le Corou di Berra, groupe des Alpes méridionales qui mêle polyphonies et orchestre.

Enfin, Antoine Ciosi clôturait la soirée, prévue à l'origine sur la place d'Armes mais transférée à l'intérieur de l'église à cause du vent et de la pluie annoncée (qui ne vint pas). Concert mémorable. D'une part, Ciosi est un personnage d'une rare présence.

Il a enthousiasmé l'auditoire au cours d'un concert qui a duré pas moins de 2 heures. D'autre part, ce concert a été chargé d'émotion : tout d'abord quand Antoine Ciosi a avisé dans la salle la présence de son vieux compère Dominique Vicenti, qu'il a fait acclamer par le public ; ensuite, lorsqu'il a repris U Ritrattu avec José d'A Filetta, qui se trouve être l’arrière petit-fils d'a vecchja Maria de la chanson, jeune veuve d'un soldat tué dans les tranchées au début de la guerre de 14-18; enfin, quand A Filetta au complet l'a rejoint sur scène. L'immense admiration pour « celui qui fit découvrir d’immenses poètes de langue corse aux jeunes chanteurs » était palpable. « Dans sa bouche, notre langue chante, danse, embrasse et surtout espère », dira Jean-Claude.

 Samedi 18 septembre 2004

Tout d'abord dans l'après-midi les plus courageux s’étaient rendus sur les hauteurs de Calvi, à Notre-Dame de la Serra, pour le discours du chef indien Seattle et pour les 32 variations pour violoncelle composées par Jean-Philippe Audin. Pendant ce temps, à l'Oratoire se sont succédé les Géorgiens (qui avaient troqué leur lourd costume contre des t-shirts des rencontres polyphoniques), puis les stagiaires des cours d'initiation dispensés par les confrères de St Antoine Abbé et de St Erasme au sein desquels on a pu reconnaître des chanteurs d'U Fiatu Muntese et de l'Alba.

A 18 h, l’Alba justement présentait dans la cathédrale le matériel de son album (toujours à paraître) Cilva. Musique très originale aux multiples influences. faire swinguer la polyphonie sans la dénaturer, quelle performance !

Enfin à 21h30 ce fut l'heure de la clôture intitulée “Calusgiule à l’ultimu" (Etincelles pour finir). Avant l'excellente prestation de Toto – Bona -  Lokua, pratiquement tous les invités se sont succédé : Antoine Ciosi et A Filetta d'abord, avec des paroles très fortes d'Antoine et de Jean-Claude pour dénoncer le racisme et la xénophobie, les Voix de Géorgie, Tirana, les kalmouks, Salem Tradition, l'Alba et A Filetta, revenue pour un extrait d'Himalaya, deux extraits du Requiem (Rex et Figliolu d'Ella) et un vibrant Sumiglia. . Seul bémol, deux fâcheuses qui ont bavardé toute la soirée pendant les chants. Une mise au point a été nécessaire !

Autour de minuit, quand les dernières notes de Gérard Toto, Richard Bona et Lokua Kanza se sont éteintes, on était partagé entre le regret que ce soit déjà fini et l'intense bonheur d'avoir vécu depuis le mardi des moments qui resteront pour toujours dans nos mémoires…

 A Filetta, photo JC Casanova

Merci à Jean-Claude Casanova pour sa très amicale collaboration à ce site. 



© 2002-2006 Réalisation et Conception Carole Guelfucci 
Dernière modification le 03/06/2006