Mon GR20 sur 20 ans...
Les
organismes | Liens | Littoral |
Tours génoises | Gorges | Sommets |
Sentiers de la mémoire |
Livres
| Matériel
![]()
Lac
Mélo | Carozzu-Spasimata
| Bavella | Lac Nino
| Les pozzis
| Ghisoni-Capanelle
| Capanelle-Vizzavona
| Bavella (trou de la bombe)
![]() |
A chaque randonneur son GR20. Les plus téméraires s'y
aventurent seuls. A condition d'être bien entraînés, bien équipés et bien
organisés, le défit semble être à portée de tous. De nombreux carnets
de voyages disponibles en ligne, racontent le périple de ceux, qui, non
sans une certaine fierté, l'on fait. |
Pour d'autres randonnées hors circuit du GR20 (mais toutes
aussi belles) voir :
- la page consacrée au littoral (Agriates, Girolata)
- la page consacrée aux tours génoises (Campomoro,
Capu Rossu, Parata)
- la page consacrée aux gorges (de l'Asco, du
Tavignano).
- la page consacrée aux sommets (Mon San Pedrone,
Monte Renosu, rando des crêtes à Teghime).
- la page consacrée aux sentiers de la
mémoire (parcours de Rutali)
Pour des vacances organisées avec randonnées accompagnées, voir la page sur les organismes de randonnées.
Pour lire d'autres témoignages sur la rando en Corse, voir les nombreux récits sur la page liens.
Pour organiser vous même votre séjour ou en savoir plus sur le sujet, voir les livres et tout particulièrement la rubrique Guides thématiques.
Pour l'histoire du GR20, voir l'article de Véronique Emmanuelli paru dans la Corse Votre Hebdo n° 376 (17-23/07/2009) : "Dans les pas des créateurs du GR20" où comment un tracé dessiné et testé par Jean Bianchetti, Michel Fabrikant et Guy Degos dans les années 60 pour tout au plus 15 personnes par an, accueille aujourd'hui 20 000 randonneurs annuels.
Pour vivre le GR20 comme si vous y étiez du fond de votre canapé (particulièrement recommandé en cas de dimanche pluvieux), voir le seul et unique DVD du marché sur le sujet paru en 2004 aux éditions Corail Vidéo. Un film amateur, bien découpé qui permet d'avoir une bonne vision d'ensemble du parcours. Une pré-visualisation du chemin pour certains, la certitude que ça ne passera pas pour d'autres ?
Pour vous renseigner sur place, consultez les "Maisons du Parc" disposées à chaque extrémité du parcours GR20, une à Calenzana (04.95.50.59.04) et l'autre à Conca (04.95.27.03.36); elles ont toutes les deux pour vocation de communiquer aux randonneurs toutes les informations nécessaires pour le parcours du GR20 mais aussi d'orienter les randonneurs qui quittent le parcours et souhaitent prolonger leur séjour.
Pour ceux qui préfèrent marcher le long des côtes, voir le site internet du Conservatoire du Littoral (la Corse, près de 200 kms de côtes !)
Record : Aux dernières nouvelles (9/09/05), le record de la
traversée du GR20 est détenu par Pierre Santucci qui, à 52 ans,
a mis 36heures 53 minutes et 5 secondes pour relier Calenzana à Conca. Il a
détrôné celui qui détenait le titre depuis trois ans : Jean-François
Luciani. Chacun son rythme !
Ci-dessous le communiqué
de presse de Philippe Billard sur ultrafondus.com.
En 36 h 53 mn et 05 s, Pierre Santucci, de Corte, a battu fin août 2005 le record de la traversée de l'Ile de Beauté de près d'un quart d'heure. A son menu, 170 km et 11530 m de dénivelé positif.
Il était troisième au rang des hommes les plus
rapides de l'Alta Strada (GR 20). Il passe en tête. Pierre Santucci est
cadre à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA).
Parti le 26 août 2005 de Calenzana (Haute-Corse), il est arrivé au terme
des 170 km et 11530 m de dénivelé positif à Conca (Corse du Sud) le
lendemain à 16 h 33, au terme d'une course qui aura duré 36 h 53 mn et 05
s.
Le précédent record était détenu depuis juin 2000 par un autre corse,
Jean-François Luciani, qui avait réussi l'exploit en 37 h 07 mn, mettant
près de deux heures de moins que le précédent, Patrick Costa (38 h 54 mn).
Ajoutons à ce tableau d'honneur 100% corse que Pierre Santucci avait déjà
eu des problèmes dus au mauvais dans une précédente tentative et qu'il détenait
jusqu'alors le troisième meilleur temps en 40 h 33 mn. Il se relègue lui-même
à la quatrième place.
Pierre Santucci est décrit par ceux qui le connaissent comme une
personnalité attachante. Son record a été contrôlé et homologué par la
Fédération Française de
Montagne et d'Escalade (FFME).
Pierre Santucci a raconté son aventure sportive et humaine dans un petit
ouvrage intitulé Porteurs de pas, publié en 2009 aux Editions Stamperia
Sammarcelli.
Août 1996 : Lac du Mélo, origine de la
Restonica
Départ
: des bergeries de Grotelle, à 15 km de CORTE
Altitude : 1711 m pour le Melo, 1930 m pour le Capitello
Dénivelé : 400 m pour le Melo, 600 m pour le Capitello
Durée A/R (mesure officielle) : 2 h pour Melo, 3h30 pour Capitello
Itinéraire : deux itinéraires sont possibles; nous avons choisi de monter au lac en
empruntant la rive gauche (2 passages en chaînes) puis de redescendre au
milieu des aulnes par la rive droite de la Restonica. A partir du Melo, possibilité de continuer
la rando pour accéder au Capitello, le plus profond des lacs insulaires (42
mètres) et le quatrième par sa superficie (rajouter + 45 mn de marche).
Impressions : pas de chance ce jour là, le temps était couvert. Je garde un souvenir mitigé
de cette balade : 2 heures de marche dans un pierrier abrupt et glissant les
yeux dans les godasses pour voir un trou d'eau sortant à peine de la brume :
bof...
Depuis 1996, il a dû en passer du monde au lac Mélo, entre 1500 et 2000
randonneurs par jour pour les jours de pointe, d'après un récent article de La
Corse Votre Hebdo (Qui veut sauver le lace du Mélu ? par Noël Kruslin,
édition du 12-18 septembre 2008). On parle d'instaurer un sens unique sur le
sentier ascendant rive gauche, et imposer une redescente sur le sentier de la
rive droite, de fermer la vallée à certaines heures de la journée, de
supprimer l'aire de stationnement des Grutelle pour l'aménager, plus en aval,
sur le site du Lamaghjosu; on parle aussi de supprimer les escaliers
métalliques, aménagements mis en place pour la sécurité des randonneurs mais
qui du coup rendent l'accès au lac trop facile. Enfin, ce qui me semble plus
raisonnable, on parle dans cet article de faire en sorte que le Mélu ne soit
plus le seul "produit d'appel" pour le visiteur qui arrive sur Corté
mais que l'ensemble du réseau des sentiers de la Restonica soit mis en valeur
afin de mieux répartir le flux et de soulager ainsi le lac de sa
surfréquentation. Même problème évoqué 15 jours plus tard dans le même
journal au sujet du lac de Créno, seul lac boisé de Corse. Le maire d'Orto,
réclame la construction d'un parking, la présence d'un agent de surveillance
en résidence, voir même un accès payant. Dans quel monde vivons-nous !
![]() |
|
Juillet
2000 : refuge de
Carozzu et passerelle de Spasimata
Départ
: de la maison
forestière de la forêt de Bonifato à 20 km de CALVI
Altitude : 1392 m pour le refuge et 1190 m pour la passerelle
Durée A/R (mesure officielle) : 4h30
Itinéraire : au départ de l'auberge de la Forêt nous avons suivi le chemin
forestier qui après avoir franchi plusieurs torrents mène jusqu'au refuge. Du
refuge, le chemin vers la passerelle est bien indiqué.
Impressions : sur les traces du tournage du film "Les randonneurs"...
Partis comme des touristes en pleine chaleur (vers 11heures) nous gagnons avec
difficulté le refuge grâce au soutien moral de Laurent qui partage avec nous
ses provisions de tomates et aux pitreries de sa soeur Delphine dont l'énergie
débordante laisse rêveur... Au refuge, nous faisons une pause avant de
repartir en quête de la fameuse passerelle. Le petit détour vaut le coup
d'oeil. Laurent et Delphine décident de se baigner sous la passerelle pendant
que je prends des photos. Dans le guide vert, ils disent de se "contenter d'admirer la
témérité des alpinistes qui la franchissent", j'allais tout de même pas
les contredire, c'est le guide vert quoi !
![]() |
![]() |
| Un pas est un planche... | Une planche est un pas... |
Août
2001 : Aiguilles de Bavella
Départ : de l'auberge du Col
Altitude : point le plus haut 1680 m, point le plus bas 1000 m
Durée A/R (mesure officielle) : 5h30
Itinéraire : au départ du parking du col nous progressons jusqu'au coeur des
Aiguilles de Bavella par la variante Alpine (petit passage en chaînes) et
revenons à notre point de départ par le GR20.
Impressions : Gilles, notre guide, nous avait pourtant prévenu, "le retour
par le GR20" est un peu "languissant". Au départ ça commence
sec. A la première halte de la variante alpine j'engloutis avec plaisir
canistrellis étouffe chrétien et fruits sec reconstituants. Puis je me tape
pendant 3/4 d'heures les plaintes d'un marseillais qui préfèrerait plutôt se
pendre que de prendre le passage en chaîne ce qui en soit n'est pas très
motivant pour une trouillarde comme moi. Finalement une fois le passage en
chaîne franchi (merci Gilles !), nous nous perdons dans un pierrier (merci qui
?). Finalement, notre super guide nous sort de cette mauvaise passe. Quant au
retour par le GR20, dire qu'il est "languissant" est un euphémisme.
Heureusement une source fraîche à mi-parcours permet de croiser les plus beaux
spécimen de jeunes athlètes dévêtus (chaleur oblige !) qui font le GR20 à
la dur avec sac de 20kg (respect !). Après environ 8 heures de marche, nous nous traînons
lamentablement jusqu'à l'auberge du Col pour un apéritif bien mérité. Gilles est content. Sur le même
programme il y a 15 jours, il a du subir deux dépressions et un retour quasi à
la frontale. Le groupe peste contre un programme qui devait soit disant être
"accessible à tous", et moi de renchérir "j'vous l'avais bien
dit de faire trou de la bombe !" (1h30 de marche, tu parles !). Si je vous dis que la
plus belle vue des Aiguilles de Bavella est celle du parking, vous me direz que
j'abuse, non ?
![]() |
![]() |
Les "Perles du Sud" à Bavella
2003
: Lac de Nino, origine du Tavignanu
Départ : de la maison forestière de Poppaghia (1076 m)
Altitude : lac à 1743 m
Dénivelé : 700 m
Durée A/R (mesure officielle) : 4h30
Itinéraire : balisé en jaune la randonnée débute par un large sentier en
sous-bois; le sentier est parallèle (rive gauche) au ruisseau de Colga. On
croise une piste forestière puis le sentier de ronde de Val du Niellu avant
d'arriver aux bergeries de Colga (dernier abri à l'ombre possible); puis le
sentier serpente au milieu de dalles granitiques (dangereuses en cas de pluie)
jusqu'au col de Stazzona d'où l'on surplombe le lac. Ne pas faire cette rando
en cas de pluie ou orage car les passages sur les dalles de granit peuvent être
dangereux dans ces conditions. Possibilité de dormir au refuge de Manganu (à
2h du lac sur le chemin du GR20).
Impressions : L' été 2002 pluvieux m'a empêché d'effectuer cette
randonnée pour cause de risque de glissade sur les dalles granitiques. L' été 2003 caniculaire
aurait pu m'empêcher de prendre le chemin pour cause
de risque d'incendies mais à quelques jours de l'arrêté préfectoral
d'interdiction de randonnée, j'ai pu enfin faire l'ascension du Nino. Il faut dire que
j'en rêvais depuis le 14 février de cette année, date à laquelle le lac
m'est apparu un petit matin grisâtre sur mon
calendrier perpétuel GEO. Après une ascension certes caniculaire où les sacs
à dos glacières de la famille Roméo ont fait l'admiration de tous, quel
bonheur de découvrir à nos pieds le lac de Nino, ses pozzines (trous d'eau,
pozzi signifie "puits" en corse) et ses chevaux sauvages. Tout y est
comme sur les cartes postales ! La vue du col est magnifique, fouler de nos
pauvres pieds malmenés la prairie verte et spongieuse relève de l'extase, se ravitailler en eau bien fraîche à la source
sur la rive droite du lac n'a pas de prix, pic-niquer devant ce paysage est tout
simplement sublime : tout est dit !
Attention il n'y pas que dans le film "Les Randonneurs" que les
cochons sauvages s'attaquent aux sacs dos, au lac Nino, ils sont
particulièrement voraces !
![]() |
![]() |
2005
: Projet de trek dans le Fium'Orbo
Impressions : Mars 2005, nous entrons dans la période de réservation des
séjours en Corse. Toujours partagée entre le désir de voyager loin et l'envie
de compléter mon "GR20 sur 20 ans" d'une petite étape
supplémentaire. Cette année c'est la Corse qui gagne avec un projet de séjour
dans le Fium'Orbo. Au programme : ascension du Monte Rinosu (2352 m), lac de
Bastani (2000 m), pozzi, bergeries de Capanelle et de Traghjette : je m'y vois
déjà. Le tout avec l'UCPA de Ghisoni, parce qu'il est encore temps de le faire
avant qu'il ne soit trop tard (eh oui limite d'âge 39 ans, mince on vieillit !)
et parce que ça semble faire plaisir à tout le monde...Après avoir
fréquenté pendant quelques années des groupes de quinquas sportifs, je
redoute le groupe de d'jeunes qui m'appellerait "Madame", me
vouvoierait, parlerait un langage sms codé indéchiffrable, le tout mené par
un guide baba cool, cheveux longs, idées courtes, qui porterait une guitare
accrochée à son sac pour les longues soirées autour du feu et
s'intéresserait de près aux herbes aromatiques surtout pour les fumer...Ah les
clichés ! Rendez-vous à la rentrée 2005, pour en savoir plus...
Impressions :
Septembre 2005, une entorse à la cheville gauche aura eu
raison de ma motivation à randonner en Corse. Petite entorse, gros soucis.
Près de trois mois après l'accident, j'en suis toujours à me demander si je
pourrai un jour revenir sur les sentiers corses. Malgré un programme de
remplacement qui se voulait alléchant (Club Med de Cargèse), je reste
inconsolable de ce rendez-vous manqué avec le maquis corse.
L'anecdote inspire Christian Boyer, mon illustrateur attitré, pourtant la
réalité fut beaucoup moins souriante : un club plein à craquer de "papamamanetlesenfants"
qui chantent du Iona à longueurs de journée, pas l'ombre d'une soirée un peu
festive, ni d'un beau surfeur pour me masser le pied, inconsolable, je ne vois
pas d'autre adjectif pour décrire mon état d'esprit...
2006
: Les pozzis (en partie sur GR20)
Départ : du col de Verde
Altitude : col de Verde, 1290 m / Les pozzis, 1840 m
Dénivelé : 600 m
Durée (mesure officielle) : 5 h
Itinéraire : Depuis le col de Verde, l'itinéraire part vers l'ouest et
suit le GR20. Empruntant d'abord une piste d'exploitation forestière, il
s'élève ensuite par un sentier raviné vers le col de la Flasca, vague
dépression qui le fait basculer dans le vallon de Marmano. On franchit le
Fium'Orbo par une passerelle métallique suspendue. Le sentier remonte ensuite
pour atteindre la clairière de Gialgone, caractérisée par quelques hêtres
tordus par le vent. Un sentier mène aux cabanes des Pozzi. Les pozzines sont
une curiosité naturelle corse : des pelouses très vertes morcelées de trous
d'eau. C'est sur ce plateau marécageux que le Fium'Orbo prend sa source.
Impressions : Tout droit arrivés d'Ajaccio en minibus, à peine le temps de
poser nos sacs au gîte du col de Verde, il est bien tard lorsque nous entamons
notre première marche de la saison 2006. Gilles, notre guide, n'aspire qu'à
une chose : échapper au plus vite à un chauffeur de car titi parisien qui
vient de nous assommer de deux heures de blagues douteuses sur la Corse.
L'énergumène, chauffeur de hauts personnages politiques à son heure de
gloire, doit désormais fréquenter une clientèle de retraités noceurs
habitués aux longs voyages en bus intercalés de long repas dans les auberges
locales. Face à une clientèle de randonneurs, avides d'espace et de calme, il
a du mal à adapter son discours. Gilles, assis à ses côtés, semble bouillir.
Il regrette sans doute le temps où chauffeur et guide, il était le seul
maître à bord. Le mérite du chauffeur-bavard est de nous tenir éveillés
tout en ménageant nos estomacs de petits continentaux familiers des autoroutes.
Ainsi nous débarquons à Verde plus que jamais motivés pour entamer notre
séjour "Etapes du GR20". La mise en jambe, comme l'indique le
programme. Une première halte au pied du sapin le plus vieux et le plus gros
d'Europe (près de 7 m de circonférence). Même s'il a perdu son titre à cause
de la neige qui l'a fait se plier en deux, il garde fière allure. Pour cause de
départ tardif, la pause déjeuner arrive vite. Les bastelles (chaussons
fourrés de blettes ou d'oignons) promises par Laetitia de Couleur Corse sont
succulentes, malheureusement nous avons guère le temps de les savourer. La pluie
arrive. Nous décidons de poursuivre la rando. Quelques mètres plus loin, nous
sommes saisis par la grêle et l'orage. Moment de doute. Faut-il redescendre ou
poursuivre ? Finalement nous poursuivons sous le froid et la grêle : super les
vacances ! Notre persévérance est toutefois payante car au plateau des pozzis
nous bénéficions d'une accalmie entre deux orages. Là-haut le gazon est vert
tendre et moussus; les vaches broutent l'herbe et font
schrompf...schrompf...Nos pieds qui foulent les pozzis font
splonch...splonch...Un vrai petit paradis sur terre mis en lumière et
scénographié quelques précieuses minutes pour notre unique plaisir de
randonneurs débutants. Gilles nous presse le pas alors que je me verrais bien
faire un remake d'une pub Milka dans ce paysage parfait. Dur de quitter
l'endroit. Pourtant la pluie repart de plus belle. Quelques heures plus tard
nous arrivons part un bout de GR20 au refuge de Verde, transis et trempés.
L'épisode pluie nous aura au moins permis de faire connaissance avec la salamandre
que nous croisons tout au long du parcours. Au refuge, pas de miroir : le
"gr20tiste" ne saurait être coquet ! Pourtant à observer mes
congénères, j'imagine bien le tableau. Le peu de maquillage qui me restait à
du couler; j'ai les cheveux plaqués par la pluie et la transpiration; sous ma
cape de pluie informe, je laisse entrevoir deux gambettes bleues de froid et
humides au bout desquelles se trouvent deux godillots crottés jusqu'aux
chevilles. Soudain me revient à l'esprit ma journée d'hier à Ajaccio.
Brushing impeccable, maquillage contrôlé, cache cœur, jupette et sandalettes,
shopping en ville et badinage en terrasse. La montagne ça vous gagne et en
moins de 5 heures de marche, ça vous change une femme !
|
|
|
|
|
|
|
|
|
2006
: Ghisoni-Capanelle (étape du GR20 sur la moitié du parcours)
Départ : de Ghisoni, de l'hôtel Kyrié
Arrivée : Capanelle
Altitude : Ghisoni, 635 m / Capanelle, 1586 m
Durée (mesure officielle) : 6 h
Itinéraire : Départ du bourg de Ghisoni, on rejoint par un chemin raide
les bergeries Cardu avec le monte Renosu en perspective. En montant au dessus
des bergeries de Cardu, on retrouve le sentier du GR20 qui part à gauche vers
Capanelle et à droite vers Vizzavona (voir l'étape ci-dessous)
Impressions : Ghisoni, petit village de montagne corse qui peut s'avérer
stratégique si l'on souhaite prendre le frais et faire quelques randonnées le
long du Fium'Orbu, à l'ascension des monts Kyrie et Elisson ou en direction de
Capanelle.
La veille de notre départ, nous avons séjourné à l'hôtel Kyrié. Niveau
confort des chambre c'est tellement "vintage" que l'on est hors
catégorie mais pour la pauvre randonneuse qui vient de passer une nuit
d'insomnie dans un dortoir froid, sonore et dénué de tout confort, la vue d'un
oreiller blanc et frais me fait presque monter les larmes aux yeux. Quant au
dîner, il se déroule face au mont Kyrié. Il est succulent, local et copieux.
Le patron nous sort ses meilleures bouteilles et va jusqu'à pousser la
chansonnette façon Tino Rossi sur le retour. C'est donc plein d'enthousiasme
que nous attaquons notre randonnée le lendemain. La montée au dessus de
Ghisoni est certes brutale mais elle offre une belle vue sur le village et sur
le Renosu, un de nos objectifs de la semaine. Une pause biscuits et fruits secs est bienvenue. Je suis HS. Pourtant pas moyen de flâner tranquille. Gilles,
notre guide, a délégué le rôle de "serre-file" à un ancien
militaire de carrière (Yves-Marie) qui le prend très au sérieux. Il ne me
lâche pas d'une semelle. J'avale les lacet sans broncher. Je suis au pas.
Heureusement nous arrivons aux bergeries de Cardu où nous allons faire une des
plus belles rencontres de notre séjour. La bergerie est
un petit coin de paradis. Tout est impeccablement entretenu, des maisonnettes en
passant par le potager jusqu'aux pensionnaires du berger : trois ânes dont
deux fouineurs de sacs à dos en liberté et un cavaleur dans un enclos. Raymond
nous communique son amour de la Corse, de l'endroit et des ânes q'il comprend
mieux depuis qu'il surfe sur bourricot.com.
Et oui, y'a plus de tradition ma brave dame, même les bergers surfent sur
internet ! Enfin, Raymond n'est pas tout à fait berger et côté traditions il
fait mieux que les ancêtres y compris pour les licols qu'il achète sur internet et qu'il
change régulièrement afin de ne pas blesser ses protégés. Pour
certains d'entre nous, c'est le parfait exemple de la retraite idyllique.
Non content d'être un jeune retraité épanoui, Raymond est aussi le père de
Jérôme Jouve, photographe, qui a reçu en 2003 le prix du livre insulaire à
Ouessant pour son livre "Couleur Corse"(voir rubrique Livres).
Raymond n'est pas avare d'anecdotes. Difficile dans ces conditions de quitter notre hôte.
Pourtant il faut bien repartir. Gilles n'ose pas nous imposer pour le pic-nic (dommage
?). Nous picniquons sous un arbre magnifique et au carrefour de différents
chemins : derrière nous les bergeries de Cardu, à notre gauche direction
Capanelle, à notre droite direction Vizzavona. Nous avons rejoint le GR20.
Après déjeuner, direction Capanelle où nous séjournons au gîte "U
Fucone". En arrivant installation dans les chambrées et douche. Puis nous
nous retrouvons tous autour d'un apéro et de l'ordinateur portable d'Yves-Marie
pour visionner les photos de journée et vérifier que le site bourricot.com
existe bien grâce à sa connexion internet : high-tech la rando ! Plusieurs
d'entre nous ont le regret de ne pas avoir passé une soirée chez Raymond et
envisagent même d'y retourner mais chaque jour suffit sa peine. Le Renosu nous
attend pour le lendemain (voir Les sommets).
En apparté : sur le sujet des ânes, un livre lu en mai 2006 : "Du
soleil dans les yeux et le pas de l'âne comme un cœur qui bat, Journal d'une
traversée de la France est/ouest de 96 jours, à pied, avec un âne"
d'Emmanuel Grün, Yvelinédition, 2005.
Tout est dit dans le titre. J'ai adoré ce livre et pourtant je ne suis pas
branchée équidés. Enfant, mon père passait son temps à m'asseoir sur tous
les bourricots de Tralonca (encore nombreux dans les années 70 - ça vous donne
une piste sur l'âge du capitaine) et je détestais ça. Le livre d'Emmanuel
Grün m'a définitivement réconciliée avec l'animal. J'imagine bien tester la
formule "rando-âne" si elle se présente un jour à moi. Ce livre
inaugure également une longue période de lectures consacrées aux écrivains
randonneurs. J'ai commencé par Grün, j'ai enchaîné par les Poussins (Afrika
Trek) et j'en suis actuellement au "Lumineux destin d'Alexandra
David-Néel" (Jean Chalon). Peut-être un jour une page sur ce sujet ?
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
2006
: L'étape Capanelle-Vizzavona
Départ : depuis Ghisoni, prendre la route du col de Verde. Après 9 km
prendre la route des bergeries de Capanelle (13 km, D 169).
Arrivée : Vizzavona
Altitude : Capanelle, 1586 m / Vizzavona Gare, 990 m
Durée (mesure officielle) : 5 h 30
Itinéraire : Départ au dessus du restaurant, on retrouve après un petite
tronçon pas très bien balisé, la départementale 169. Le plus gros du chemin
se fait dans une magnifique forêt de pins laricio. Possibilité de faire des
pauses aux bergeries de Scarpaccedie, d'Alzeta et de Cardu. Descente vers la
gare de Vizzavona en passant devant la maison forestière.
Impressions : Au programme du ce jour, la descente de Capanelle vers
Vizzavona en passant par les Pinzi Corbni, sorte de barrière rocheuse en forme
d'aiguilles. Verdict de notre guide : "pas pour toi, trop dur, trop
technique". Pour moi ce verdict est une sorte de soulagement mêlé à
l'angoisse de faire une journée de rando seule. Je ne suis pas tout à fait
seule puisque je suis avec Christine, une compagne d'infortune elle-aussi
éliminée du groupe des technico-sportifs. Je suggère à notre guide de nous
faire accompagner par un groupe de "gr20tistes" accomplis. Ainsi nous
ne serrons pas seules et en cas de doute sur l'itinéraire, ils sauront nous
guider. La chose est arrangée avec un couple rencontré au refuge. Trouvé le
chemin au départ de Capanelle est laborieux et la présence de Jean-François,
notre guide du jour, semble providentielle. Néanmoins au fil de l'étape, la
conversation peine à se faire; je sens bien que Christine voudrait faire
l'étape à sa façon. Notre couple ne fait guère de pauses, refuse nos fruits
secs, s'hydrate au moyen de pipettes que nous n'avons pas et semble évacuer
l'eau par un processus mystérieux...peut-être une pipette dans l'autre sens ?
Pas de pause technique, pas de pause gastronomique, la compagnie de notre groupe
d'origine me manque. Nous avions pourtant choisi ce couple sur des apparences de
randonneurs cools mais, comme tous les "gr20tistes" de leur espèce,
ils sont omnubilés par le topo et par le fait d'atteindre l'étape dans le
temps indiqué. Ou peut-être ont-ils pour objectif de se débarrasser au plus
vite des encombrants paquets que nous sommes et qui risquent de leur gâcher
leur dernière journée de marche ? Nous atteignons Vizzavona en 5h30. Il est
autour de 14h00. Il fait faim mais nos guides du jour ne souhaitent pas partager avec
nous le surplus de pic-nic durement porté jusqu'au bout. Je déjeune donc avec
Christine pas loin de la maison forestière de Vizzavona (a scandùla,
toit en bardeaux de châtaignier) en méditant sur la
nature humaine. Nous ne retiendrons rien de ce couple, si ce n'est que nous avons
entravé leur performance et qu'ils ont refusé notre hospitalité. Ainsi va la
vie. Seul fait marquant de la journée, nous avons rencontré en chemin un
charmant petit équipage. Une jeune femme du PNRC (Parc Naturel Régional
Corse), accompagnée d'un jeune homme et d'une biquette apprivoisée. L'animal
se comporte en tous points comme un chien dont elle porte l'attribut principal :
un collier équipé d'une clochette. On lit dans son regard une certaine fierté
à avoir échappé à son sort d'animal de troupeau semi-sauvage pour celui
d'animal domestiqué élu mascotte de l'antenne PNRC de Vizzavona. Nous en
profitons pour poser quelques questions sur la faune et la flore et sentir le
thym corse, "Erba Barona", qui se distingue par son odeur citronnée.
Une providentielle rencontre qui illumine notre journée.
|
|
|
|
|
|
2006
: Autour de la Cascade des anglais
Départ : du col de Vizzavona, au dessus du refuge du Monte d'Orro
Altitude : Vizzavona Gare, 990 m
Durée (mesure officielle) : 5h00
Itinéraire : Ascension du sommet du Ceppu et visite des bergeries de
Tortettu. Descente dans le vallon de l'Agnone par le GR20 et arrêt à la
Cascade des anglais. Descente jusqu'à la gare de Vizzavona par le GR20.
Impressions : Nous avons passé la nuit au refuge du Monte d'Oro au col de
Vizzavona. Ca tombe bien puisque le départ du sentier se trouve juste en face
du refuge. Ca commence assez sec jusqu'à un fort en ruine construit en 1772 par
les troupes françaises sous la responsabilité du Général de Vaux. Puis c'est
l'ascension du Ceppu avec le Monte d'Oro en point de mire et
derrière nous les Pinzi Corbini. Petite pause au sommet pour apprécier le
panorama. Après une courte marche sous les bois nous arrivons aux
bergeries de Tortettu. Une bergerie toute ronde avec un toit pointu me fait
penser à la maison de l'ogre. Une construction récente pas typiquement corse
mais qui s'harmonise parfaitement à l'ensemble. Elle a d'ailleurs été choisie
par Jean-Christophe Attard comme sujet pour son dernier livre de photographies
(Le chant des saisons).
Photographiée à l'automne, elle est encore plus féerique. D'autres
maisonnettes, moins pimpantes, exposent néanmoins un mobilier
rustico-design...Stark aurait-il fait une pause à cet endroit ? Nous rejoignons
ensuite le GR20 et les vasques limpides de l'Agnone. Nous croisons en chemin
plusieurs spécimen de "gr20tistes" aguerris; équipés de bâtons, ils
dévalent le sentier à toute vitesse, un peu comme si ils skiaient sur les
rochers. Pause déjeuner au bord d'une vasque. Toasts de terrine du berger et de
tapenade. C'est l'extase. Baignade pour les courageux. Nous reprenons le GR20 le
long de l'Agnone pour rejoindre le lieu dit de la "cascade des anglais". Il y a
foule à la cascade et pas seulement des anglais. Beaucoup (trop) de touristes en tongs
car la route passe sans-doute à quelques minutes d'ici ...Aaahhh...Ca y
est...je deviens une "gr20tiste" raciste ! Il est temps que le séjour
se termine. En effet, c'est notre dernier jour de randonnée et c'est tous
penauds que nous rejoignons la pittoresque gare de Vizzavona où nous nous
séparons. Direction Ajaccio pour le groupe et Bastia pour moi où je projette
de prendre un repos bien mérité. Vivement les prochaines vacances pour
d'autres étapes du GR20 !
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Itinéraire : Se garer au bord de la N193, peu avant l'hôtel-restaurant du
Monte d'Oro. Un large chemin, balisé en vert, mène en une quinzaine de
minutes au chalet des cascades, point de départ sur la rivière d'une
succession de vasques et cascades. Le GR20 les longe sur à peu près 1
km. |
2009
: Bavella, le trou de la bombe
Départ : fontaine du Cannone (premier lacet de la route, à 400 m à l'est du
col de Bavella)
Altitude : départ à 1183 m, trou vers 1350 m
Durée (mesure officielle) : 2h30 aller et retour
Itinéraire : parcours bien balisé; le but de cette marche est un trou
(tafonu) de 8 m de diamètre creusé dans l'arrête faîtière du Paliri, non pas par
un boulet de canon, mais par l'érosion naturelle du vent et de la pluie. Le nom
corse de site site "u tafonu di u Cumpuleddu" n'a rien à voir avec son
appellation francophone, puisque u cumpuleddu signifie "l'enclos aux brebis" et
rappelle que l'endroit était autrefois un refuge pour les bergers. Passer devant
une chapelle à droite de laquelle passe le sentier. Celui-ci gagne ensuite les
dépressions de Bocca Furesta (1284 m) et de Bocca di Velaco, avant de se diriger
vers l'est jusqu'au fameux trou.
Impressions : C’est une rando que je souhaitais faire depuis longtemps,
rendue possible cette année à la faveur d’un hébergement en chambre d’hôtes à
Lévie.
A peine un petit quart d’heure de voiture entre Lévie et le col de Bavella, un
luxe qui nous permet d’arriver au col autour de 8 heures. Tout est calme et
comme dans mon souvenir, la vue du parking – désert à cette heure – est
stupéfiante.
Une fois le souci de trouver le départ évacué, nous cheminons gentiment au
milieu des pins. Arrivés près du but l’affaire se corse ! Le panorama est
tellement grandiose qu’il est très tentant de se détourner du chemin. Il nous
faut donc revenir sur nos pas afin de retrouver les marques. Personne à qui
demander. Nous tombons donc nez à nez, presque brutalement, avec cette curiosité
géologique qui m’intriguait tant : "il y est là, il est là, je crie presque,
comme si je venais de découvrir le nouveau monde !". Plus tard, je réaliserai
que c'est une chance inouïe d'avoir pu découvrir l'endroit seuls par nos propres
moyens avec suffisamment de temps pour en ressentir le magnétisme.
Quelques randonneurs matinaux se joignent à nous et exécutent tour à tour leurs
esthétiques chorégraphies de grimpeurs entre roche et ciel. L'endroit est
magique, envoutant, tellement minéral, avec quelques touches de végétation qui
me font penser à une peinture japonisante. Le matin se prête mal à la prise de
vue car nous sommes à contre-jour; je comprends maintenant pourquoi la plupart
des photos des guides qui décrivent l'endroit sont prises le soir au moment du
coucher du soleil. Une chose est sûre, il n'y a pour cette balade que trois
alternatives : soit tôt le matin, soit tard le soir, soit hors saison
touristique. En effet, lors de notre redescente vers le col, des centaines de
fourmis randonneuses gravitent vers l'endroit avec plus ou moins d'entrain et
plutôt moins que plus d'équipement.
Il est 10h30, la chaleur est déjà là, certains marchent sans sac (donc sans
eau), sans chapeau et en tongues. Pour les tongues, on frise les 65-70 %
d'adeptes ! La palme revient à une famille : père en tongues, mère en tongues
mais à semelles compensées (tellement plus seyantes !), enfants en horribles
chaussures en plastique moulé (je me garderais bien de leur faire de la
publicité en citant la marque), sans protection contre le soleil, avec un sac à
main (donc sans eau) mais avec le guide vert à la main. S'attendent-ils à
trouver un restaurant étoilé là-haut ? Dans ces conditions, nous nous étonnons
de ne pas rencontrer plus d'accidentés. Le phénomène n'est pas nouveau. Du temps
de mon grand-père Guelfucci, tongues et espadrilles se disputaient déjà le
marché du randonneur inconscient. Pourtant ce n'est pas comme si le massif de
Bavella se trouvait à 10 minutes de la plage ! Pour venir ici, il faut faire de
la route et l'on s'attend, j'imagine, à trouver des montagnes. Déconcertant…
Retour sur le parking après une pause déjeuner sur le chemin. Des centaines de
voitures garées dans tous les sens, pire qu'un samedi midi à Carrefour ! Le
parking est d'ailleurs devenu payant (3 euros). Une touriste en tongues demande
du désinfectant à l'auberge du col pour soigner une mauvaise plaie sur le dessus
du pied. Vite, quittons ce repère à touristes et emportons avec nous l'image
d'un petit matin calme, où seuls sur le chemin, nous nous sommes amusés à
encadrer le trou d'un pouce et d'un index.
|
|
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
|
Pierre trouvée au San Pedrone |
Ma conclusion je la dois à Alexandre Fache, journaliste "Effort physique plus ou moins dense selon les parcours, exercice salutaire d'introspection, la randonnée permet en effet de troquer, l'espace d'une marche forcément un peu solitaire, le bleu gris des villes pour un vert qui nettoie l'esprit et le corps."
|
L'auteur de ces pages prie l'internaute lecteur
d'associer à chaque citation des signes SENTIERS DE GRANDE RANDONNEE et GR la
mention "marques enregistrées appartenant à la Fédération Française de
Randonnée Pédestre, comité national des sentiers de grande randonnée (FFRP)".
© 2003-2009 Réalisation
et Conception Carole Guelfucci
Dernière modification le 27/12/2009