RANDONNEES EN CORSE 

Randonner en Corse hors saison (octobre)


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Un lecteur m’a interrogée en août 2011 sur la possibilité de faire le GR20 du Sud au Nord en octobre. D’après lui (je n’ai pas vérifié mais je le crois volontiers car il semble très organisé), il était difficile de trouver des informations sur cette période dans les guides spécialisés.
Il y a déjà tellement de randonneurs qui parcourent le GR20 de juin à septembre, qu’il est fort probable que les guides se soucient peu d’écrire un chapitre sur la randonnée hors saison.

Ses questions me semblaient très pertinentes et le manque d’information sur ce sujet m’a incitée à prévoir une synthèse des réponses obtenues. J’ai donc interrogé plusieurs "autorités compétentes"  dont je vous livre les réponses parfois complétées ou légèrement réécrites pour une meilleure compréhension.

J’espère que ces informations pourront être utiles à d’autres randonneurs concernés un projet similaire. Je précise néanmoins que ne je suis pas guide de randonnées, ni organisatrice de randonnées et que les conseils ci-dessous doivent être appréciés avec toute la prudence nécessaire. Je décline toute responsabilité liée à une mauvaise interprétation de cette page. La même réserve de prudence s'applique aux propos de mes interlocuteurs qui ne sont pas tous des professionnels de l'accompagnement en montagne.

Je m’excuse auprès de mes interlocuteurs pour la duplication des requêtes. Compte-tenu de la période (début août), je ne pensais pas avoir de réponse, j’ai donc multiplié les courriers. Or tout le monde a répondu présent ! Bravo pour votre réactivé et la qualité de vos réponses.

Je rejoins le témoignage de Philippe Evrard sur le fait que le GR20 n'est pas le seul et unique moyen de randonner en Corse - d'autant plus qu'il ne traverse aucun village. Il donne donc une image parcellaire de la Corse, vidée de ses habitants à l'exclusion des gardiens de refuge et fréquentée uniquement par des sportifs de toutes nationalités, généralement dotés d'un fort esprit de compétition. Un "boulevard de la randonnée" si l'on en croit un récent reportage du Figaro Magazine daté du 16 juillet 2011 : "une montagne insulaire qui séduit près de 15 000 marcheurs par an". Lorsque l'on observe la capacité des refuges sur le document communiqué par Philippe (entre 16 et 36 lits par refuge !), on comprend alors que les gardiens de refuge puissent avoir des humeurs ! Parcourir ce sentier hors saison, sous réserve d'une météo favorable, est sans doute un bon moyen d'éviter la foule et d'y retrouver un semblant d'authenticité ? A suivre...

Si vous avez des témoignages à me communiquer afin d’enrichir cette page, n’hésitez-pas à m’écrire.

 


La question d’origine de MB

« Voulant faire le GR20 du sud au nord, je m'adresse à vous car un certain nombre de questions se posent à moi à laquelle il m'est difficile de trouver une réponse dans les guides usuels (Topoguide, etc.). La question la plus fondamentale que je me pose est celle de savoir si un périple au mois d'octobre est encore possible. Malheureusement, je ne puis partir plus tôt. J'ai entendu parler de chutes de neige en octobre ce qui est normal en haute-montage. En revanche, je me demande si les chemins sont d'ordinaire quand même praticables sans raquette. Ou faut-il des crampons ? J'ai cru comprendre aussi que les refuges n'étaient plus gardés à ce moment-là de l'année ce qui signifie qu'il sera difficile de s'approvisionner en vivres car les gardiens n'en vendraient plus. Savez-vous s'il est néanmoins possible d'acheter des vivres au cours de la randonnée dans les quelques villages à proximité du chemin ? Qu'en est-il des gazinières installées dans les refuges en hiver : peut-on toujours les utiliser ou faut-il apporter son propre camping gaz ? »

Réponse de François Tomasi, guide-accompagnateur de montagne vivant en Corse

La neige peut tomber n'importe quand dans l'année (même en Juillet !) mais elle ne tient durablement qu'à partir de fin octobre début novembre. Donc un GR 20 première quinzaine d'octobre est tout à fait envisageable.

Pour un éventuel GR 20 en hivernal (de novembre à juin) il faut impérativement une paire de crampons et un piolet et si possible des raquettes (suivant le type de terrain et l'exposition).

Les refuges sont tous ouverts mettent à disposition vaisselle, eau, gaz et du bois pour se chauffer, faire cuire les aliments ou bouillir de l'eau. Certains refuges sont encore gardés la première quinzaine d'octobre (voir avec le Parc).

Parc Naturel Régional de Corse / Parcu di Corsica 

Il est possible de s’approvisionner le long du parcours : au col de Bavella, puis au village de Cozzano, au col de Verde, à la station de ski de Capanelle, à la gare de Vizzavona, au village de Guagnu, à la station de ski de Verghju, à l'hôtel d'Ascu-stagnu puis Calenzana (à moins de décrocher sur Bonifatu).

Suivant les dates choisies, il suffit de leur passer un coup de fil (annuaire local ou topo-guide GR 20 coédité par FFRP et parc de Corse) pour être sûr.

Réponse de Gilles Boivin, guide accompagnateur de montagne, familier de la Corse

Ca me semble tout a fait possible de tenter le GR20 en octobre, surtout en démarrant du sud, à condition bien sûr de surveiller la météo de près afin de ne pas se retrouver sur des rochers glissants. Il faut être prêt à renoncer si la neige tombe le long du chemin. Des sites comme le Cirque de la Solitude ne sont pas envisageables sur le glissant sans équipement de haute montagne, des raquettes à neige seraient totalement inadaptées.

La logistique est davantage un souci : si les refuges sont fermés, il faut être en autonomie complète, c'est à dire avoir le matos de camping et être prêt à porter de la bouffe pour plusieurs jours.

Les villages sont loin du GR et les opérations épicerie prennent la journée entière, il faut donc chaque fois prendre du ravitaillement pour plusieurs jours. Par ailleurs je ne pense pas que les salles "hors sac" des refuges sont encore ouvertes lorsque les gardiens ne sont plus là, il est donc nécessaire de trimballer aussi de quoi faire chauffer sa bouffe.

Voilà les réflexions qui me viennent spontanément. Personnellement je n'hésiterais pas à tenter le coup, mais en sachant que la météo peut stopper l'aventure à tout moment et en sachant aussi que j'aurai dans les 25 kg sur le dos à certains moments. C'est une bonne idée de partir du sud car il y a moins d'altitude et moins de risque d'être embêté dès le départ.

Réponse du Parc Régional

Le GR est un parcours praticable de coutume de juin à octobre, toute fois si vous souhaitez le pratiquer en octobre vous devez savoir qu'en fin de période hivernale seulement peuvent subsister quelques couloirs enneigés et quelques gros névés. Il est alors préconisé d'utiliser un piolet, une corde et des crampons. Les refuges ne seront en effet plus gardés et il faudra emporter votre propre ravitaillement. Certains refuges sont très loin des villages et les villages eux-mêmes n'ont pas tous d'épiceries. Le Gaz fonctionne toute l'année.     

Réponse de Philippe Evrard, auteur du site et du blog Corse sauvage

Parcours GR20 en octobre : il est normalement faisable puisque les premières neiges automnales surviennent en général en Corse à l'altitude de 1800-2000m à partir de novembre MAIS il y a un risque qu'une perturbation particulièrement importante puisse apporter la neige à 2000m dès début octobre ! Il est donc prudent de prévoir des échappatoires car le mauvais temps sur le GR20 sur des crêtes ventées à 2000m d'altitude est très dangereux et demande impérativement, soit à rester abrité en refuge, soit à descendre au plus vite pour échapper à l'exposition des crêtes... Avec de la neige, certains tronçons du GR20 deviennent impraticables sans crampons/piolets (raquettes inutilisables et non conseillées) : je connais un couple de randonneurs pris à la Toussaint par la neige dans le cirque de la Solitude qui a été incapable de remonter, ni au Col Perdu, ni à Bocca Minuta et qui a dû descendre le ravin de la Solitude sans corde, ni infos préalables. Cela leur a procuré une sacrée aventure, mais s'ils n'avaient pas été grimpeurs initiés, la descente aurait pu être mortelle... Personnellement, je pense que le GR20 peut se faire sans trop de problème à cette époque mais qu'il faut être préparé à tout arrêter et à redescendre sans regrets... Il est probable d'ailleurs que vous n'y serez pas seul, même à cette période-là, tant les gens ne connaissent malheureusement de la Corse que ce parcours !

Garde des refuges : quoi qu'en dise le PNRC (Parc Naturel Régional de Corse), les dates de garde des refuges en Corse sont aléatoires et dépendent de chaque gardien et de ses états d'âme. En gros, du 15 mai à fin septembre, mais il vaut mieux vérifier les dates pour CHAQUE refuge. A noter que, dorénavant, la réservation est OBLIGATOIRE par Internet, ce qui est une aberration complète et, de mon point de vue, ne pourra jamais fonctionner (réserver 12 à 15 nuits en refuge à l'avance est difficilement imaginable, sauf à croire qu'on n'a jamais d'incident ou de problème météo qui amène à décaler une étape et donc une réservation). En dehors des dates de garde, les refuges sont normalement ouverts, accessibles aux randonneurs même en hiver (pelle à neige indispensable) et disposent presque toujours d'une provision de bois et de gaz mise à jour toute l'année par des guides/accompagnateurs du Parc. Cf dépliant joint des refuges du G20. Aucun ravitaillement possible dans les refuges en dehors des périodes de garde => il est indispensable d'emporter toutes ses vivres et de prévoir de descendre dans des villages habités pour se ravitailler (pas facile parfois !) : Calenzana, Ascu, hôtel Castel di Verghju à Bocca di Verghju, Vizzavona, Capanelle, cols de Verde et de Bavella, Conca.

Sites Internet intéressants sur le GR20 : le site du PNRC, le blog du PNRC très intéressant pour les conditions hivernales car tenu à jour par les guides/accompagnateurs du Parc, le site d'Annick et Serge MOURARET constituant le Guide des Gîtes d'étapes et Refuges avec l'itinéraire du GR20 en mode recherche, de nombreux sites personnels sur le GR20 dont Cîmes et Sommets, Mon GR20 2008, A la découverte du GR20 Corse, ... et tous ceux répertoriés sur les pages de Carole !

Le site Web "Corse sauvage" : http://corse-sauvage.com
Le Blog "Corse sauvage" : http://corse-sauvage.fr
Netvibes "Corse sauvage" : http://www.netvibes.com/corse-sauvage#Corse_sauvage

Et enfin le compte-rendu de MB une fois la rando terminée

(Il s'agit d'un copier/coller d'un message de l'auteur très légèrement modifié uniquement pour une meilleure compréhension; le compte-rendu de MB m'a semblé très intéressant car il ne se contente pas de répondre à la question d'origine mais il donne aussi quelques astuces et son sentiment sur le parcours).

Comme vous le savez, faire le GR20 hors saison (première quinzaine d'octobre) était d'abord dû à des contraintes professionnelles. En préparant le trek, je me suis en revanche rendu compte de tous les avantages d'un tel périple tardif (temps plus stable qu'en juillet-août, moins de monde) qui se sont entièrement confirmés par la suite. Je suis parti randonner du sud au nord pendant la période comprise entre le 30 septembre et le 16 octobre 2011.

Mon idée était de m'entraîner d'abord dans le sud (travail assis dans un bureau oblige), puis d'attaquer d'un pas plus sûr la partie nord. Je pense pouvoir dire que ce choix était astucieux et je le referai de la même manière. D'autres, peut-être plus souvent en montagne que moi, diraient peut-être qu'il vaut mieux commencer par le nord pour être plus frais pour les parties raides. Un autre avantage indéniable de faire sud-nord est néanmoins de randonner nettement plus seul que lorsqu'on fait l'inverse. A mon sens, c'est cela aussi que devrait être la particularité de la marche en montagne: la solitude et l'immersion, seul, dans le paysage grandiose. Ainsi, sauf au début dans le sud, j'étais seul toute la journée. Le soir, au contraire, je voyais en permanence d'autres gens dans les refuges, qui eux descendaient du nord, ce qui était fort sympathique.

D'une manière générale, la fréquentation des randonneurs semble baisser notablement vers la fin septembre. En juillet-août, certains refuges (plus terrain de bivouac) accueilleraient près de 200 personnes, m'a-t-on dit. En octobre, au contraire, j'ai croisé environ cinq personnes sur le chemin en journée, puis jusqu'à dix le soir en refuge. Autrement dit, il n'est pas même nécessaire de réserver sa place en refuge (ce que, dit en passant, n'est pas plus utile qu'en été puisqu'on m'a rapporté que certains gardiens se moquaient bien de la réservation et donnaient les matelas aux premiers arrivés). Cette baisse de fréquentation est sans aucun doute liée au fait que les gardiens quittent les refuges le dernier jour de septembre (une exception notable étant le refuge d'Usciolo dont le gardien Francis fait l'aller-retour vers son village 1500 m plus bas presque quotidiennement mais il terminait le lendemain de mon passage), de sorte qu'en principe aucun ravitaillement n'est possible sur le chemin même après fin septembre. Aussi, en fonction de l'ensemble des éléments dont je disposais, grâce notamment à votre soutien et aux informateurs divers qui sont revenus vers nous, j'ai prévu une alimentation lyophilisée pour 15 jours. Le poids de mon sac était par conséquent de 22 kg sans eau au départ de Paris. Inutile de dire que cela aurait été folie que de vouloir faire l'ensemble du GR20 avec un poids pareil. Aussi, j'ai trouvé une astuce : avec l'accord du propriétaire du Gîte-Restaurant du GR20 à Vizzavona, j'y ai envoyé un paquet à mon intention avec la moitié de l'alimentation que j'ai donc récupéré lors de mon passage de la partie sud à la partie nord. Chemin faisant, je me suis rendu compte qu'il existait néanmoins en principe deux endroits permettant de se ravitailler. Je dis en principe puisque cela est tout à fait relatif. Ainsi, il est normalement possible de se ravitailler à Vizzavona (le problème étant que quand j'y suis passé autour du 6 octobre, il restait trois paquets de gâteaux et une banane et le gentil monsieur de l'épicerie m'a dit qu'il allait fermer deux jours plus tard) et au Castello de Verghio (hôtel fermant le 15 octobre et disposant encore de tout ce qu'il faut jusque-là, l'appeler en cas de doute).

Les refuges quant à eux sont ouverts (même en l'absence de gardiens), le gaz fonctionne partout, du bois à chauffer est acheminé début octobre par hélicoptère. L'arrivée d'eau est, en revanche, coupée dans les premiers jours d'octobre. Pour l'eau potable et la douche, il faut donc aller à la source qui est toujours à proximité du refuge. Pour dormir, il y a des bat-flancs et des matelas classiques; attention toutefois aux punaises de lit car même si les gardiens emploient les grands moyens (bombe chimique), on ne peut jamais être bien sûr qu'il n'y en ait pas. Soit on prend une tente, soit -et c'est ce que j'ai fait- on prévoit un "sac à viande" (duvet intérieur en coton, soie ou un mélange des deux) duquel on veillera scrupuleusement à ne pas laisser dépasser les bras.

Dans l'ensemble, j'ai eu beaucoup de chance avec la météo, ce que les Corses eux-mêmes m'ont dit et redit. J'avais quasiment tous les jours un beau soleil et autour de 28 degrés, même à 1800 m d'altitude (rappel de la saison octobre 2011). Il reste que j'ai dû redescendre dans la vallée pendant deux jours à cause d'un brouillard épais et des rafales de vent allant jusqu'à 100 km/h en montagne. De manière surprenante, le même après-midi à la plage il faisait 30° C... Mais il paraît qu'un tel changement de temps est plus fréquent encore en été où de la neige ou de la grêle peut interrompre le soleil assez brutalement.

Je ne peux recommander le GR20 en octobre que lorsque la météo est au beau fixe comme cette année. J'ai vu ce qu'un vent, même mineur, pouvait faire et je ne m'aventurerais jamais sur ce chemin difficile lors de vents soutenus. La même chose vaut d'ailleurs pour la pluie. La roche devient tellement glissante que chaque pas devient une galère - et un danger certain.

Enfin, un sérieux b-mol au sujet de la politique d'information de la part du Parc : il est presque inutile de contacter les maisons du PNRC car les informations que j'y ai obtenues étaient presque toujours erronées. De surcroît, et bien malheureusement, certains de mes interlocuteurs étaient d'une mauvaise volonté et d'une humeur exécrable telle qu'il fallait insister pour obtenir la moindre information. Cela concerne notamment la date à laquelle partent les gardiens des refuges (dans les réponses, j'avais droit à tout entre la mi-septembre et la fin octobre) mais aussi l'instauration d'une étape supplémentaire dans le sud entre Usciolo et Asinau sans raison apparente ("C'est comme ça, Monsieur !") à part celle de vouloir drainer les randonneurs par le gîte privé de Matalza. Je recommande de suivre l'ancien chemin passant par les crêtes (celui qui est toujours dans le Topoguide de 2011 d'ailleurs) qu'il est facile de repérer car le balisage rouge et blanc a été recouvert par une peinture grise facilement détectable.

Ce chemin est spectaculaire et constitue le trek le plus impressionnant que j'ai fait jusque-là. Et j'ai hâte d'y retourner mais préférerai sans hésitation le début de l'automne.
 


 

L'auteur de ces pages prie l'internaute lecteur d'associer à chaque citation des signes SENTIERS DE GRANDE RANDONNEE et GR la mention "marques enregistrées appartenant à la Fédération Française de Randonnée Pédestre, comité national des sentiers de grande randonnée (FFRP)".


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Dernière modification le 23/10/2015