Minuscules extases insulaires
 

Sur cette nouvelle page ouverte fin août 2011, j'envisage de publier de petits textes ou pensées inspirées par la Corse.
La barre est haute puisque je l'inaugure avec un sublime texte de Denis Grozdanovitch.
J'ai d'autres minuscules extases en tête...A suivre...


Kumquats, extrait de Minuscules extases par Denis Grozdanovitch
, Nil Editions, 2009, pp. 53-54
(avec l'autorisation de l'auteur pour la reproduction de cet extrait)

"Après la descente du petit coucou sur un aéroport désert envahi de genêts, nous avons suivi une route cahotante à une seule voie qui nous a menés - quelque part au cœur du cap Corse - jusqu'à cet ancien monastère transformé en résidence. Nous étions début juin et l'on pouvait encore voir des plaques de neige sur les hauteurs environnantes.
On nous montra nos chambres : d'anciennes cellules arrangées avec un luxe austère et où régnait une fraîcheur surprenante en comparaison de la touffeur qui pesait sur les persiennes entrouvertes. Si l'on jetait un œil dehors, ce n'était, au sein de la clameur souveraine des criquets et des cigales en train de striduler avec une ardeur presque démente, que clarté aveuglante, rocaille surchauffées et flamboyantes de soleil, seulement tempérées, de place en place, par l'argent pâle, plus mat, des oliviers. L'ombre fraîche de la demeure, par contraste, semblait révéler l'ambivalence ténébreuse et passionnée de ce pays rude et violemment mélancolique - on croyait entendre en imagination de longs "lamentos" harmoniques et sauvages...
Nous sortîmes faire quelques pas dans le vaste jardin en terrasses, puis montâmes jusqu'au bassin-piscine entouré de citronniers en pots, mais ce fut en redescendant jusqu'au chemin de graviers, près du ruisseau zigzaguant parmi les rochers, que nous découvrîmes les arbrisseaux couverts de minuscules mandarines oblongues, que la gardienne et conservatrice des lieux nous désigna comme étant des kumquats, nous invitant à en cueillir quelques-uns pour les goûter, et, devant notre indécision, nous montrant comment il fallait les croquer avec la peau.
Lorsque mes dents eurent délicatement libéré le jus à la saveur astringente et suave, ce fut comme si celui-ci, en coulant dans ma bouche, avait établi la parfaite synthèse entre la fraîcheur apaisée, recueillie, des pièces plongées dans l'ombre de l'ancien monastère visité quelques instants auparavant et, dans la pente rocailleuse sous nos yeux, l'aridité chauffée à blanc du maquis livré à l'hystérie des insectes solaires."

Note de l'auteur du site :
En empruntant ce livre à la bibliothèque de ma ville courant 2011, j'ai eu la surprise de découvrir ce texte sur les kumquats. L'auteur m'a gentiment autorisé à le reproduire et je l'en remercie. Il me semble que l'endroit évoqué est le couvent Saint Hycinthe, mais n'ayant jamais visité l'endroit, j'attends confirmation de l'auteur.
En recherchant des images d'illustration pour la page, j'ai pu constater que les kumquats sont utilisés en pâtisserie et en cuisine d'une manière générale, qu'ils sont parfois confits ou transformés en confiture. Ceci dit, rien de vaut le plaisir du fruit dégusté sur l'arbre !
 

Kumquats

 

 

Si tu ne vas pas en Corse, la Corse vient à toi : retrouver l'âme corse en terre catalane, août 2011

 

Légende :
Concert de Sarocchi (groupe polyphonique corse) au prieuré de Serrabona, bouquets d'immortelle et de monnaie du pape à Castelnou,
Corse stylisée et taguée sur un mur de Céret (en fait une fissure de façade), les fougères chez Cecca à Cabestany,
 Portait de Napoléon dans la collection particulière de Salvador Dali au musée Dali de Figuères, logo à la tête de maure de la ville de Cabestany
 et applique de ville idoine, livres sur la Corse de la bibliothèque personnelle de Cecca et livre sur la Corse chez un bouquiniste de Perpignan,
 carte "où est le maquis ?" dans la bibliothèque de Cecca, apéro corse sur la terrasse et enfin sculptures en bois polychrome de l'abbaye
de Saint-Michel de Cuixà représentant le Christ et les apôtres au jardin des oliviers dans une posture très polyphonique.

 

 

 

Connaissez-vous toujours la fougère ?

Petit montage de fougères sous toutes leurs formes

Un' Cunosci più a filetta : Il ne connait plus la fougère (expression corse)

Extrait de Anthologie des expressions corses par Fernand Ettori, Rivages, 1984

"Se dit de certains Corses émigrés qui, revenus dans leur île, affectent d'ignorer ce qu'ils connaissaient fort bien avant leur départ. Cette manière de railler l'oubli du pays natal a pris naissance en Castagniccia où la fougère est la végétation naturelle la plus répandue sous les châtaigniers, principale et quasi unique ressource de la région. Elle n'a pas atteint le sud. La forme masculine u filettu, maintenue dans le sud, du latin filictum, signifie étymologiquement "lieu où pousse la fougère" (felce, du latin filex, icis), mais elle est passée partout au sens de fougère, ainsi que la forme féminine filetta, usitée dans le reste de la Corse. Felce ne se rencontre que dans la toponymie."

Extait de A santacroci, L'abécédaire par Rinatu Coti, préface Paul Dalmas-Alfonsi, Eolienne, 2006 :

Filetta di li rughljona / Fougère de tous les parages
Simpliciamenti cuntenti / Contente en sa simplicité

Cù la terra, cù la nevi / Avec la terre, avec la neige
Cù l'acqua è cù li venti / Avec l'eau et avec les vents

Senza piacia nè dispiacia / Sans qu'elle plaise ni déplaise
Stà ogni locu prisenti./ Elle est présente et en tout lieu

 

   Octobre 2011 : mission a été donnée à mon amie Pascale de me
   rapporter de Nouvelle Zélande un petit souvenir de la coupe du
   monde de rugby. En attendant le retour des supporters, un petit
   clin d'œil à la symbolique de la fougère en Corse, parfois
   conséquence de gentils petits délires décoratifs - je m'en excuse
   par avance auprès des puristes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un coup de cœur pour un site sur la Corse Corsican Insiders.
Des confrères  qui ont une la bonne idée de s'associer pour décrire LEUR Corse. J'aime beaucoup, c'est jeune, moderne, bien argumenté, drôle, ça sort des sentiers battus et c'est un bel exemple de travail collaboratif.

Vous faire partager leur vision de la Corse et faire de vos vacances un séjour unique et insolite. C'est la mission qui a été confiée à nos insiders, des corses amoureux de leurs Ile qui partagent avec vous leurs bons plans et leurs passions. Restaurants, plages, randonnées, bars et clubs branchés mais aussi terroir, culture et histoire, vous vouliez découvrir une Corse que seuls les corses connaissent ? Vous êtes au bon endroit ...

Corsican Insiders, ou la Corse par les corses, ce sont six ambassadeurs locaux, chacun dédié à une spécialité, chargés de documenter les touristes en bons plans, idées insolites et propositions originales sur notre région. Une seule consigne leur a été donnée : être authentiques et montrer aux touristes ce qu'ils ne verront jamais dans aucun guide touristique ni dans aucun reportage TV.

Parmi nos insiders :

- Muriel, notre critique gastronomique, s'occupe d'évaluer et de noter tous les restos de notre Ile ;

- Anthony s'occupe du monde de la nuit (bars, soirées, clubs, ...) ;

- Catali fait découvrir notre patrimoine culinaire (recettes et produits à ramener) ;

- Petru-Santu, s'occupe de parler de notre culture au sens (très) large (francorse, clichés, mais aussi artistes et expos, ...).

- trois autres rubriques sont actuellement en cours d'alimentation : randonnées (Xavier), mer et plages (Emilia) et histoire (Anto Maria)

En plus de cela, une Tribune Libre permet à toute personne (corse ou amoureuse de la corse) qui le souhaite de poster ses propres articles : certains ont déjà franchi le pas et nous parlent de la vallée de la Restonica, des grottes de Sapar'Alte ou du village abandonné de Pinito. Si vous avez de l'inspiration, c'est ici que vous pouvez vous exprimer !

  

http://www.corsican-insiders.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Corse touristique réinventée par Kitsch Bazar

En mai 2014, j'ai fait connaissance avec la créatrice de la marque Kitsch Bazar lors d'un salon de créateurs organisé dans ma ville.

Son concept part du recyclage de canevas anciens et sa particularité, par rapport à d'autres créateurs qui utilisent déjà cette matière, est de proposer des vêtements à base de canevas recyclés, principalement des sweats ou des robes sweat.

Je dois avouer que j'ai eu dans un premier temps un sentiment de rejet, peut-être lié au fait qu'une cliente essayait, lors de mon passage, un sweat paré d'un berger allemand, du même genre que celui qui m'a mordue lorsque j'étais enfant. Rapidement, dans une sorte de défit, "allez j'ose", je me suis laissée convaincre par l'Escarpolette de Fragonard. Son motif "versaillais" collait bien à mes goûts, la trame de réalisation, partie intégrante du sweat, donnait vraiment du sens à la démarche de recyclage, une touche certes kitsch mais néanmoins raffinée ! Depuis je ne regrette pas ce merveilleux cadeau et j'ai réalisé à quel point il était réussi et particulièrement unique. Pour l'anecdote, j'ai aussi appris que l'Escarpolette de Fragonard était un des motifs préféré de Jeff Koons, par ailleurs grand collectionneur d'art classique.

C'est en suivant le travail de Kitsch Bazar, que j'ai découvert en février 2015 une de ses nouvelles techniques : le recyclage de foulards anciens, toujours dans un esprit kitsch et détourné de l'usage premier. Et là, mon sang n'a fait qu'un tour, je l'ai contactée très vite pour me porter acquéreur de cette pièce tellement originale. Il s'agit donc d'un foulard ancien ventant les mérites touristiques de la Corse qui a été déniché par la créatrice à Emmaüs Bougival. Petit clin d'œil supplémentaire, le blason de la ville de Calvi, une ville chère à mon cœur, se trouve bien centré au dessous de l'encolure.

Vous l'aurez compris, je suis particulièrement fan de la boutique Kitsch Bazar. Ce côté kitsch assumé à quelque chose de très joyeux. Ce sont des vêtements qui ne laissent pas indifférents; ils font parler les bavards ! Les aspects : pièce unique, recyclage et "made in France" par une créatrice charmante ajoutent de la valeur à ces pièces.

Il y a peu de chance qu'il y ait un deuxième sweat foulard Corse (sauf si vous fournissez l'objet), mais je ne peux que vous encourager à suivre le travail de cette créatrice.
Kitsch Bazar dit : "Quel dommage de rouler ce si beau foulard quand on peut l'avoir en entier sur un sweat !" J'approuve !
 

  
 

L'escarpolette, modèle unique Kitsch Bazar

Sweat Corse, modèle unique Kitsch Bazar

 

 

L'art brut mène à tout, y compris à la Corse

Au LAM, Lille métropole musée d'art moderne d'art contemporain et d'art brut, dans la partie du musée consacrée à l'art brut se trouve ce dessin de Lionel, intitulé Labyrinthe de Paris (1983).
Je ne sais pas vous mais moi c'est un Paris qui me fait furieusement penser à la Corse ! Certes la forme est symbolique, un peu trapue et un peu rognée sur sa face sud-ouest.
Si l'on fait un gros plan sur le centre du dessin, on visualise mieux le labyrinthe ainsi que quelques têtes de mort ici ou là ! Têtes de mort, j'ai dit, et non têtes de maures !
Des similitudes très troublantes !

Du coup, je ne peux m'empêcher de repenser à cette forme qui s'est dessinée spontanément sur une table dans une maison du Berry. Nous étions à l'heure de l'apéritif. Il s'agissait d'un cocktail pina colada. Nous avons heurté le pied de la table et l'un des deux verres s'est renversé et a formé cette Corse en relief aux contours parfaits. La photo a été prise quelques secondes après l'incident. La forme était très nette. On y voyait même les rivières !
On dit que le Berry est un pays de sorciers.
Pour moi qui suit très terre à terre, ça reste, à ce jour, ma seule et unique expérience paranormale.
C'est aussi de l'art brut, si l'on y pense !

 

  
 

Lionel, Labyrinthe de Paris, 1983, LAM

Lionel, Labyrinthe de Paris, 1983, LAM

 

 

 

Dobble Corsica ou comment découvrir la Corse et ses symboles en s'amusant

Testé et approuvé !

Dobble est un jeu de cartes de rapidité, d'observation et de réflexes qui consiste à trouver un symboles identique entre chaque carte sur un lot de 55 cartes contenant chacune 8 symboles. Comment un symbole peut systématiquement être commun entre deux cartes reste un grand mystère mathématique pour moi, qu'importe le calcul, pourvu que l'on ait le jeu !
http://www.dobble.fr/dobble-corsica
Cette adaptation a été imaginée par Toussaint Benedetti et Jean-François Andreani, originaires de la Castagniccia en Haute Corse. Des corses du Nord donc, il faut le souligner car au niveau des symboles ça peut avoir son importance !
En effet, toute la symbolique et ce qui fait le patrimoine unique de l’île de beauté, a été utilisé par les auteurs. Et rien n’a été oublié ! Si vous êtes corse, vous retrouverez des choses bien familières, et si vous ne connaissez pas cette île, vous la découvrirez de manière originale. De Pascal Paoli à l’eau d’Orezza, en passant par l’anis, les chanteurs polyphoniques ou la micheline qui effectue le trajet Ajaccio Bastia depuis 1888.
Chaque symbole a sa petite explication, et pour cette édition Corsica, rien n’est tabou ! Surtout pas l’humour… le symbole d’une cagoule est utilisé, avec cette petite phrase dans le guide : habille en toute saison. Ou encore la bombe : un outil de communication révolutionnaire.
Il faut prendre le temps de lire le livret explicatif, rien qu'à lui seul, il justifie l'achat du jeu !
Plusieurs variantes du jeu sont expliquées dont une appelée Vendetta liée au symbole de Colomba.
Un petit conseil ,si vous jouez avec des enfants jeunes non corses, il suffira d'adopter des noms plus génériques parce que vous aurez beau hurler Pascal Paoli, c'est pas sûr qu'ils retiennent le symbole ! On peut imaginer soi-même ses propres variantes du jeu, par exemple un jeu où l'utilisation du nom corse du symbole donnerait plus de points aux participants, une façon d'apprendre des mots en jouant.

Dobble Corsica , c'est drôle, ça pulse, j'ai adoré et je ne peux que recommander !

Dobble Corsica Dobble Corsica  Dobble Corsica
 

  
 

 

Dobble Corsica

 

 

 

Une bouchée de Corse par Pierre Hermé : le macaron immortelle / cédrat (juin 2015)

Le magazine M du Monde l'a révélé un peu tardivement, le macaron du mois de juin 2015 du célèbre pâtissier Pierre Hermé, en édition limité, était un hommage aux origines corses de sa compagne Valérie. Baptisé Jardin de Valérie, ce macaron était composé à base d'huile essentielle d'immortelle et de cédrat confit. Il ne me restait que quelques jours pour goûter l'exclusivité corse du mois, chose faite le 30 juin 2015, just in time !

Qu'est-ce que ça sent un macaron ? Et bien ça sent le gâteau, sans doute la douce odeur de la poudre d'amande et de sucre qui entrent dans sa composition. Celui-ci ne sentait pas l'immortelle en tout cas. Or l'odeur de l'immortelle se rapprocherait pour moi de l'odeur du curry. Je m'attendais donc à retrouver une petite odeur de curry dans celui-ci. Que nenni ! Finalement c'est le goût du cédrat qui dominait avec une persistance en bouche un peu sèche qui relevait peut-être de l'immortelle mais sans certitude.
Je n'ai pas eu de véritable extase corse lors de ma dégustation. Je ne dis pas que le macaron en question n'était pas bon, bien au contraire ! Le déguster sous la climatisation, sur un bout de comptoir, au milieu de vendeurs affairés à servir des touristes mais néanmoins accueillants et serviables, était en soi une sympathique pause. S'il n'avait pas fait ce jour là 45 degrés à l'ombre, j'aurais bien fait un petit shopping comparatif de macarons Pierre Hermé. Une autre fois.
Ne cherchez pas la bouchée de Corse, elle a cédé sa place à une autre création éphémère dès le 1er juillet 2015. Maintenant que l'on sait que la compagne de Pierre Hermé est corse, on peut s'attendre à ce qu'il utilise d'autres produits emblématiques de l'île dans ses créations. Quant à la fleur d'immortelle, Le Monde explique qu'elle est rarement utilisée dans les recettes culinaires car on la dit peu comestible. Je reste donc sur ma faim du goût de l'immortelle et j'attend qu'un autre grand chef veuille bien se pencher sur la question !
En conclusion, on peut dire que Pierre Hermé a une bonne communication et des sympathisants corses au Monde mais ses créations sont tellement emblématiques qu'on lui pardonne facilement.

Macaron Immortelle Pierre Hermé Macaron Immortelle Pierre Hermé

 

  
 

 

Macaron Immortelle Pierre Hermé

 

 


Le titre de cette page m'a été inspiré par le titre du livre éponyme de Denis Grozdanovitch, Minuscules Extases, Nil Editions, 2009.


© 2002-2015 Réalisation et Conception Carole Guelfucci 
Dernière modification le 23/10/2015