POLYPHONIES CORSES



 A FILETTA : UN PARCOURS EXEMPLAIRE

A Filetta, photo JC Casanova

Afin de ne pas surcharger la page consacrée aux groupes polyphoniques corses, une page entièrement consacrée à A Filetta avec plus de détails sur ce groupe. 
Les lecteurs habituels constateront que cette page s'est allégée. Je préfère vous renvoyer vers l'excellent site de Jean-Claude Casanova, véritable bible sur le groupe. Pour l'heure, son site fait presque office de site officiel. Il est tellement riche et documenté que l'on a du mal à envisager un site officiel plus complet. 
Cette page sera dorénavant consacrée à quelques éléments sur le groupe, à leur discographie complète et aux comptes-rendus de concerts auxquels j'ai assisté. 

A voir sur le site de France 3, un documentaire réalisé par Cathy Rocchi-Acquaviva qui célèbre ici les trente années de carrière du groupe : Trent'Anni pocu, Trent'Anni Assai, France 3 Corse, mars 2009.
Ce documentaire est difficile à résumer. Il retrace le parcours du groupe en mêlant des documents anciens, aux interview des chanteurs, aux interview de corses qui apprécient A Filetta et ont suivi leur évolution, à de très touchantes lectures de courriers de remerciements, à de petites séquences de moments intimes en famille. Il revient notamment sur la constitution du groupe, son militantisme, son passage de la chanson à la polyphonie, puis de la polyphonie à la musique de film et de la musique de film à la création artistique (opéra, musique de ballet). Le documentaire fait aussi la part belle aux rencontres importantes pour le groupe comme les anciens membres du groupe (pas tous forcément de grands chanteurs ou de grands musiciens mais des artistes qui avaient une vision éclairée sur ce qu'il fallait mettre en œuvre, sous-entendu pour durer), comme la rencontre avec les chanteurs géorgiens dont l'intensité semble être pour beaucoup dans l'engagement d'A Filetta à s'occuper des rencontres polyphoniques de Calvi, la rencontre avec des hommes qui ont marqué les créations du groupe (Bruno Coulais pour la réalisation des bandes originales de films, Orlando Forioso pour la mise en scène d'opéras, Sidi Larbi Cherkaoui pour l'interprétation chorégraphique des chants d'A Filetta). Ce documentaire met en valeur la remise en cause perpétuelle du groupe au service de la création, ce en quoi il est très riche. Il m'a touchée par son côté serein, intimiste et humble à l'image des membres d'A Filetta.
A noter, le documentaire alterne corse et français. Il n'est pas sous-titré. Même si l'on ne maîtrise pas le corse, il ne faut pas hésiter à persévérer car lorsque l'on aime A Filetta on finit par comprendre (le contexte aide beaucoup), les documents montrés à l'écran sont rares, il y a évidemment de très nombreux extraits chantés, les images sont douces et intimes (presque caressantes) et le montage est un régal à la fois dans le respect de la chronologie et dans la fluidité de ces trente années qui sont aussi trente années de notre propre vie.
Il y a eu beaucoup d'articles dans la presse à l'occasion des trente ans du groupe, l'article Isabelle Volpajola "A Filetta, 30 ans de chants, d'amour, de vie" paru dans Corse Matin du 9 janvier 2010, page 48 me semble une bonne synthèse de leur carrière.



Eté 2011 : le premier numéro du magazine Puntu di Vista est consacré aux 100 corses qui comptent avec un joli portrait du Groupe A Filetta dont voici un extrait :

"S'ils ne récusent nullement l'engagement politique et culturel qui poussa les premiers membres à chanter pour soutenir les "patriotti", les chanteurs de ce combo vocal d'exception ont eu suffisamment de courage et de sensibilité pour affranchir leur art des pesanteurs revendicatives et des refrains en forme de slogans, laissant dériver leur inspiration vers l'Orient ou le Caucase, partout où s'acharne à respirer l'âme des peuples qui refusent la disparition et l'oubli. De ces influences, ils ont tiré leur propre style, torturé et vibrant, reconnaissable entre mille, tout entier incarné par l'invraisemblable gestuelle du leader Ghjuvan-Claudiu Acquaviva, visage crispé et mains fendant l'air, un chef d'orchestre qui se met au diapason des autres voix, ne cherche pas la vedette et sais que rien n'existe sans le collectif. Ecoutez leurs chants : les productions, impeccables, ne gomment ni les souffles, ni les bruits mouillés des bouches, ni les hésitations et les ruptures. A Filetta pourrait chanter l'annuaire, on y trouverait la vie."

Le texte et les photographies de cette page sont en partie l'œuvre de  Jean-Claude Casanova qui a désormais son propre site L'invitu, site sous l'emblème de la fougère consacré notamment à A Filetta mais aussi à de nombreux autres aspect de la vie insulaire. 
Un site à visiter ! 

Sur Jean-Claude Casanova : Issu d'une famille corse (ligne paternelle originaire de Sollacaro, maternelle de Sartène), il est né sur le continent et y réside toujours. Il n'a connu la Corse qu'à l'âge de 18 ans mais y retourne en famille pratiquement chaque année. Inconditionnel du groupe A Filetta depuis la fin des années 80, il assiste à un maximum de leurs concerts. De ce fait, il a souvent l'occasion de discuter avec Jean-Claude Acquaviva ou un autre membre du groupe, avant ou après les concerts. Un très bon correspondant donc, que j'ai eu beaucoup de plaisir à héberger. Il me fait l'honneur et l'amitié de pouvoir conserver ces pages sur A Filetta, même si je vous invite désormais à consulter son site pour en savoir plus sur ce groupe fascinant.

A Filetta, photo JC Casanova

Cela fait 30 ans qu’A Filetta prouve qu’on peut être à la fois enraciné dans la tradition et ouvert au monde. Les paghjelle, traditionnelles ou de création côtoient les chansons, les musiques de film, le rap et les créations polyphoniques contemporaines et tout cela dans une cohérence absolue. Chaque mot, chaque note exprime une intense émotion.

 Le groupe actuel

Jean-Claude Acquaviva, Jean Sicurani, membres fondateurs, José Filippi (de 1983 à 2012), Paul Giansily en 1984, Maxime Vuillamier en 1989, Jean-Luc Geronimi, (de 1997 à 2013), François Acquaviva (neveu de Jean-Claude) (de 2006 à 2013), Stéphane Serra et François Aragni (depuis 2013). Auxquels il faut ajouter l'omniprésente Valérie Salducci et citer également Pierre Bertoni, Jean-Marc Pellegri, François Croce et Jean Antonelli, qui participent ou ont participé de façon plus irrégulière aux activités du groupe.


A Filetta, photo JC Casanova

A Filetta

Le groupe, photo de 2014

Trente ans d'une vie [texte de Fabrice Laurent, extrait d'un article consacré au groupe paru dans la Corse Votre Hebdo du 26 décembre au 1er janvier 2009, n° 347, pp. 24-25, le texte ci-dessous faisait l'objet d'un encadré]

De la fratrie des sept, deux font partie de l'aventure des tout premiers débuts ou presque. En septembre 1978, Jean-Claude Acquaviva avait treize ans lorsqu'il a rejoint le groupe fondé par Michel Frassatti, Dédé Nobili et Tomasgiu Nami. Jean Sicurani les a rejoints un an plus tard.
En même temps que des anciens partaient, tout en continuant à poser un oeil bienveillant sur le groupe, de nouvelles têtes sont apparues : Paul Giansily, José Filippi et Maxime Vuillamier dans les années quartre-vingt, Jean-Luc Geronimi en 1994 et Ceccè Acquaviva, le petit dernier, en 2005. Au fil de ces années, une cinquantaine d'artistes ont fait un passage par A Filetta dont Feli, Benoît Sarrochi, Stéphane Casalta, Maxime Merlandi, Paul Nasica et tant d'autres.
C'est une longue histoire que celle d'A Filetta. Une histoire traversée par plusieurs périodes. Les dix premières années ont été marquées par des disques que l'on peut qualifier de militants même si le groupe s'est vite intéressé à des thématiques universelles comme la lutte contre le racisme et l'oppression. 
1988 est une date. C'est l'année de la création avec U Svegliu calvese des Rencontres polyphoniques de Calvi. A Filetta entame alors un important travail sur les polyphonies (traditionnelles et créations). Les rencontres portent bien leur nom et permettront aux chanteurs corses de nouer des liens très forts avec d'autres venus de Géorgie, d'Albanie, du Maghreb, de Nouvelle-Calédonie...
Neuf ans plus tard, la rencontre avec Bruno Coulais est l'une des pierres blanches qui jalonnent ce parcours. Jusqu'en 2003, A Filetta et le compositeur vont marier leurs talents respectifs : musiques de films (Himalaya, le Peuple migrateur, Dom Juan), opéras pour enfants dont les livrets sont signés Orlando Forioso, metteur en scène avec lequel A Filetta travaille en étroite collaboration.
A partir de 2004, le groupe, dont les membres sont professionnels depuis 1995, se recentre sur son répertoire et écrit les nouvelles partitions d'une aventure artistique qui dure depuis maintenant trente ans. "Trente ans, c'est toute notre vie", résume Jean-Claude Acquaviva.

 Sur le travail du groupe [texte de Jean-Claude Casanova]

Produire du sens, tisser du lien, restaurer le respect, accepter de se construire aussi dans l’altérité.

Ce qui caractérise ou plus précisément détermine le parcours du groupe A Filetta , c’est probablement cette obsession de donner aux choses de la vie, du sens et non un sens. La contribution à la sauvegarde du patrimoine oral traditionnel a constitué le principe fondateur. Puis très vite s’est manifesté le besoin, un besoin quasi irrépressible de prolonger le chant afin qu’il demeure le miroir où se reflète, sans doute de façon imprécise et trouble, ce qui jamais ne se fige. Là naît un processus créatif qui exige certes de la rigueur mais aussi et surtout l’ouverture sur un monde complexe et multiple. Chants sacrés et profanes hérités de la tradition s’y mêlent, témoins d’une culture en mouvement et non pas forgée dans le passé.

Les concerts d'A Filetta sont parcourus par une vague d'émotion qui vous saisit dès les premières chansons.

 « Nous avons toujours voulu chanter l’histoire de tout homme qui souffre pour ses choix, son engagement, son amour », confiait Jean-Claude Acquaviva au moment de sa venue à Saint-Denis. Pour lui, l’intensité que l’on ressent à l’écoute de chants comme le requiem ne signifie pas un registre triste ou proche de la mort. Loin de figer la partition, la polyphonie du groupe trouve au contraire sa force dans la vie et l’émotion suscités par le travail des timbres des voix de chacun de ses membres. Sons gutturaux, musicalité nasale de certaines syllabes, mélange des intonations... Tout l’art des chanteurs d’A Filetta se trouve renforcé par une harmonie complexe dont ils ont le secret. Qu’ils chantent les chœurs antiques de Médée ou écrivent pour Bruno Coulais, l’âme de leur polyphonie est toujours au rendez-vous. Héritier d’une tradition forte mais intéressé au mouvement du monde, A Filetta n’est pas de ces formations ancrées dans le passé.

Depuis sa création il y 26 ans, A Filetta a sans cesse progressé en prônant l’ouverture tout en conservant la spécificité du langage vocal insulaire. Ce qui frappe, c'est la fidélité à l'esprit de la tradition sans être bridé par celle-ci.  

Ce qui est extraordinaire avec A Filetta, c'est qu'on découvre toujours quelque chose de nouveau ou de différent dans leurs interprétations. Sumiglia et Ghmerto, qui sont à leur répertoire depuis des années, semblent composés de la veille tant ils y mettent de passion et d'intensité. Les quelques chants traditionnels semblent maintenant presque fades par rapport aux compositions de Jean-Claude, beaucoup plus fouillées sur le plan des harmonies et de la polyphonie : ce n'est souvent plus un chant à trois voix avec seconda, terza et bassu mais bien six voix avec des partitions différentes.

Avec une rigueur toujours plus sûre, A Filetta va de concerts en disques imposer une vision tout à la fois ardente et sereine des chants sacrés et profanes qui constituent peu à peu son répertoire. Chants de tradition et de création se mêlent, hymnes à la langue et à la culture de l’île, mais aussi appels vers d’autres horizons.

Aghju sunniatu qualchi volta è più à un antivistu mondu senza strade. Alta felicitai ?
"J'ai rêvé et plus quelques fois de la lucidité d'un
monde prévoyant sans chemin aucun. Ai-je rêvé de la haute félicité ?"

A Filetta, photo JC Casanova 

Discographie du groupe [texte de Jean-Claude Casanova sauf pour Bracanà]
Du plus récent au plus ancien

Puz/zle

PUZ/ZLE : ce double CD est la re-création sonore, enregistrée à Anvers avec des sons additionnels provenant d'une représentation à Utrecht, du spectacle de Sidi Larbi Cherkaoui. On retrouve bien sûr les voix d'A Filetta, celle de Fadia Tomb El-Hage, la flûte et les tambours taiko de Kazunari Abe et la musique électronique d'Olga Wojciechowska.
CD1
1- Lost Reflection
2- Partenza Astuta
3- Prayer Song
4- Breathing with Colors

5- Relation
6- Erasing Memories
7- Notte Tana
8- Inna Moussa
9- Inside the Holy Whale
10-Treblinka
11-The Echo of Dragon Singing
12-Melting into Unknown
CD2
1- Yawno Tito
2- Amano Morio
3- Le Lac
4- Inn al Baraya
5- Ororo Pinne
6- Tookami
7- Maroccu Biancu
8- Lacrymosa
9- Letterella
10-Media
11-U Sipolcru
12-Collected Grief
13-L'anniversariu di Minetta
14-O Successores

Un extrait de la critique faite par Jean-Claude Casasanova : "La rencontre de ces personnalités si différentes était une gageure. On ne peut que louer l'intuition de Sidi Larbi Cherkaoui, qui avait pressenti que la rencontre entre la voix de Fadia et A Filetta serait magique. Pour reprendre ses termes, "au-delà des langues différentes, leurs sons respectifs s'entrelacent. A certains moments, les voix se soutiennent ; à d'autres, elles sont complémentaires ou s'opposent, pour se rejoindre en une voix hybride mais harmonieuse. Fadia et A Filetta s'écoutent et se répondent de manière organique, dans un échange constant de maîtrise et de richesse".
Kazunari Abe apporte à la fois un élément aérien avec sa flûte et terrestre avec ses tambours. Enfin, la musique électronique d'Olga Wojciechowska est d'une beauté confondante. Tous ces talents réunis auraient pu se neutraliser. Au contraire, leur interaction est une formidable réussite."
Source : http://www.l-invitu.net/disco_afiletta.htm
 

A Filetta sort un disque de huit titres dont certains inédits:

http://www.corsematin.com/article/a-filetta-termine-lannee-en-beaute-avec-un-album-inattendu.844657.html

Malgré l'article ci-dessus, il semblerait que ce disque ne soit disponible qu'en début d'année 2013.

DI CORSICA RIPOSU, REQUIEM POUR DEUX REGARDS
Sortie le 14 avril 2011 (Deda/Harmonia Mundi)

Les mots de Jean-Luc Caradec (La Terrasse) :
A la vie à la mort
Après trente ans d'existence, le groupe phare du chant corse signe avec son album Di Corsica riposu, Requiem pour deux regards (dist. Harmonia Mundi), conçu et composé par Jean-Claude Acquaviva, l'un de ses plus ambitieux et captivants projets. Une œuvre sacrée à découvrir sur scène à Paris dans le cadre visuel et acoustique exceptionnel du Théâtre des Bouffes du Nord.
« Ce qui ne meurt pas ne vit pas » : A Filetta n'hésite pas à citer Jankélévitch pour éclairer le sens de sa nouvelle réalisation. Chanter la mort pour mieux célébrer la vie, tel est le cœur du nouveau projet discographique et scénique de Jean-Claude Acquaviva. Une fois de plus, A Filetta s'inscrit au croisement de la tradition corse, où le culte des morts occupe une place importante, et de la volonté de réinventer, dépasser et ouvrir cet héritage en donnant naissance à une œuvre véritablement nouvelle. Fruit d'une commande du festival de Saint-Denis, Di Corsica riposu, Requiem pour deux regards est une œuvre pour sept voix, récitant et bandonéon, chantée en latin et ponctuée de textes dits en corse, français, italien tirés de l'Ecclésiaste, de l'inoubliable Se questo è un uomo (Si c'est un homme) de Primo Levi ou encore de la plume de Jean-Claude Acquaviva.
Vision spirituelle
Danse, théâtre, opéra, musiques de cinéma, etc... A Filetta avait déjà traversé bien des univers. Avec cette œuvre sacrée, partition d'envergure porteuse d'une vision spirituelle profonde et d'une réflexion sur le sens de la vie et de la mort, le groupe franchit une nouvelle étape de son exemplaire parcours. Indépendant et créatif, A Filetta réaffirme son refus de se laisser enfermer dans le rôle réducteur de gardiens du temple d'un art vocal insulaire figé voué au seul service du patrimoine pour au contraire donner vie à un ensemble inspiré, certes bien accroché à sa terre natale, mais pour mieux tendre le nez au vent ou comme aujourd'hui regarder vers le ciel, à l'image de la fougère à laquelle il a emprunté son nom. Avec Daniele di Bonaventura au bandonéon et les voix de Jean-Claude Acquaviva (également narrateur et compositeur), François Acquaviva, José Filippi, Jean-Luc Geronimi, Paul Giansily, Jean Sicurani et Maxime Vuillamier.

01 Di Corsica Riposu
02 Miserere
03 Notte Tralinta
04 Subvenite
05 Requiem
06 Kyrie
07 Dies Irae
08 Tuba Mirum
09 Rex Tremendae
10 Lacrymosa
11 Figliolu d'Ella
12 A'Mente
13 M'Aviate Dettu
14 Meditate
15 Domine
16 Nanzu À Sanctus
17 Sanctus
18 Pater Noster
19 Nanzu À Agnus Dei
20 Agnus Dei
21 Altrunimu
22 Lux Eterna
23 Libera Me
24 Da Cirone
25 In Paradisum

 

MISTICO MEDITERRANEO
(sortie fin janvier 2011 du CD "Mistico Mediterraneo" avec Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura)
Voir le compte-rendu du concert de cette formation ci-dessous.
 
"Esquisses de la Corse : lyrique et éclatante, la trompette de Paolo Fresu se faufile entre les voix des chanteurs d’A Filetta, le groupe que l’on peut tout autant qualifier de pionnier que de gardien de la tradition au royaume des polyphonies corses. Alliage homogène entre patrimonial et expérimental, plusieurs compositions du groupe sont l’œuvre de son fondateur Jean-Claude Acquaviva, qui le dirige depuis plus de trente ans. L’occasion nous est également donnée d’assister à une saisissante démonstration de bandonéon italien par le virtuose Daniele di Bonaventura, qui en réinvente l’usage en se lançant dans des solos imaginatifs et des duos envoûtants avec Paolo Fresu, enveloppant voix et trompette dans un sens de la formule quasiment orchestral."
(texte de présentation sur le site du groupe)
Sketches of Corsica, the Mediterranean and the wider world abound in this fascinating collaboration between lyrical Italian jazz improvisers Paolo Fresu, Daniele di Bonaventura and vocal ensemble A Filetta. “Mistico Mediterraneo” is the first documentation of an alliance that has been gathering momentum for a few years already; it is also the ECM debut of the Corsican singers.

In October 2006, Fresu and Italian bandoneonist Daniele di Bonaventura, along with two other jazz improvisers (saxophonist André Jaume and percussionist Philippe Biondi), were invited by stage director Francis Aïqui for a celebratory event in Ajaccio’s L’Aghja theatre, establishing a basis for further collaboration. Over the last four years the musicians have fine-tuned the song cycle now known as “Mistico Mediterraneo”.

Source : ECM Records

Paolo Fresu (trumpet, flugelhorn), Daniele di Bonaventura (bandoneon), A Filetta (voix)

Rex tremendae
Liberata
Da tè à mè
Le lac
Dies irae
Gloria
Corale
La folie du Cardinal
U sipolcru
Scherzi veranili
Figliolu d’ella
Gradualis
Sanctus
 

A Filetta
un chant, sept voix, trente ans

Bracanà sortie le 29 mai 2008 (Deda/Harmonia Mundi)
14 titres a cappella superbement arrangés. Un disque ouvert, «bariolé» comme son nom l'indique, sur lequel A Filetta donne à entendre certaines de ses créations jusqu'ici inédites.

Cela fait trente ans qu' A Filetta chante et trente ans qu' A Filetta prouve que la musique traditionnelle, justement, n'existe vraiment que dans le mouvement. Créé à l'époque du sauvetage de la musique corse, menacée de disparition dans les années 70, le groupe est devenu l'un des plus créatifs de l'île - et même de toute la création musicale en France - en navigant entre chanson populaire et chant sacré, entre création savante et musique de films (avec le compositeur Bruno Coulais), entre opéra pour enfants (Marco Polo, Robin e Marion, Lucio) et rencontres avec le rappeur Akhénaton (Comme un Aimant), le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui (In Memoriam, Apocrifu) ou encore les jazzman Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura et prochainement avec le chanteur Réunionais Danyel Waro. Nouvelles couleurs de la culture corse, mais aussi nouveaux courages, nouvelles ambitions - une aventure exemplaire, diverse et cohérente, qu'A Filetta porte à la scène dans des concerts d'une belle puissance.

En 2008, Bracanà a obtenu le prix de l'académie Charles Cros.

Voir une critique dans Corse Matin du 9 juin 2008 par Christophe Laurent.

1 – 1901
(Jean-Claude Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Un texte à la mémoire de deux Géorgiens (Tao et Georges), nés tous les deux en 1901 et ayant eu des destins parallèles : naissance dans le Caucase puis exil et mort loin de chez eux. Des mots adressés à leurs enfants qui disent l'amour de la terre natale, la nostalgie mais aussi la crainte du retour.
2 – Dies irae

(chant liturgique/Jean-Claude Acquaviva)
Chant issu du Via Crucis.

3 – Alilo

(traditionnel géorgien)
Chant de Noël géorgien, transmis à A Filetta par "Les Voix de Géorgie".

4 – Lode à una simpatica zitella

(Pampasgiolu/traditionnel)

Il s'agit d'un texte du poète Pampasgiolu, remanié par l'auteur quelques mois avant sa mort, dans lequel il loue les qualités d'une jeune fille à qui il rend hommage. Cette jeune fille n'est autre que Geneviève Geronimi, future maman de Jean-Luc Geronimi qui interprète ici ces louanges.
5 – Benedictus

(chant liturgique/Jean-Claude Acquaviva)
Chant issu du Via Crucis.
6 – L'invitu (extrait)

(Jean-Claude Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Cet extrait est la partie terminale de "L'invitu", chant I de Médée, où le chœur appelle de ses vœux la célébration des noces royales tout en demandant à Médée, l'épouse répudiée, de quitter le royaume.

7 – Beati

(chant liturgique/Jean-Claude Acquaviva)
Chant issu du Via Crucis

8 – U cantu di l'acqua

(Jean-Claude Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Un chant issu du Via Crucis qui intervient dans la passion du Christ : au moment où Pilate remet entre les mains du peuple juif le destin de Jésus de Nazareth. Un texte mettant en relief l'ambivalence de l'eau, habituellement symbole de vie se changeant ici en annonce de mort.

9 – Nana

Traditionnel
Berceuse géorgienne.

10 – Meditate
(Primo Levi/Jean-Claude Acquaviva)
Sur un texte de Primo Levi extrait de "Se questo è un uomo", cette création issue du Via Crucis rappelle l'impérieuse nécessité de ne pas oublier que l'horreur et la barbarie furent, sous peine de les voir ressurgir.

11 – Liberata
(Jean-Claude Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Il s'agit du générique du téléfilm tourné en Balagne et ayant pour thème, la résistance en Corse durant la seconde guerre mondiale. Ce texte fut écrit à la mémoire de Pierre Griffi, jeune radio débarqué d'Alger, exécuté à Bastia en 1943 par les chemises noires.

12 – Scherzi veranili

(Petru Santucci/Jean-Michel Giannelli)
Des paroles de Petru Santucci qui mettent en exergue le sentiment d'angoisse du poète à l'approche du printemps : il juge cette saison peu sincère parce que trop euphorique.

13 – Cuntrastu

(traditionnel) Voici restituée une joute poétique pleine d'humour et de sous-entendus entre un mari "fourbu" et son épouse jalouse qui lui reproche ses infidélités.

14 – Treblinka

(Jean-Yves Acquaviva/Jean-Claude Acquaviva)
Un texte de Jean-Yves Acquaviva qui dit avec beaucoup de sensibilité l'espoir malgré l'horreur, la vie malgré l'enfer, rappelant d'autres écrits majeurs de Levi, Amry ou Semprun.

Medea

Chœur I : L’invitu
Chœur II : L’arditezza
Chœur III : U casticu
Chœur IV : U furore

MEDEA / LES CHŒURS DE MEDEE

Neuf ans après la création de ce Medea au théâtre, voici enfin le disque, dédié à la mémoire de Maï récemment disparue. Ces quatre compositions de Jean-Claude Acquaviva, qui évoquent les amours de Médée la Caucasienne et de Jason, l’épopée des argonautes et enfin, la fureur meurtrière de l’épouse répudiée, puis bannie du royaume. sont d'une créativité inouïe (un OVNI, selon Bruno Coulais), bien au-delà de ce que le public peut entendre couramment en matière de polyphonies corses. Cette création est vraiment une oeuvre novatrice, avec de lointains échos des chants du bassin méditerranéen, notamment de Géorgie, tout en prenant ses racines dans le chant corse traditionnel.

Les chants II et III retracent l'épopée et les vicissitudes des Argonautes, alors que dans les chants I et IV, le chœur exprime essentiellement la condamnation de la monstruosité de Médée, transgressant la norme humaine.

 

 

1. L’invitu est en quelque sorte l'ouverture de l'œuvre. Ce chant s'ouvre sur les noces de Thésée avec Médée la magicienne, fille du roi de Colchide Aiètès. Eprise de Thésée, elle a utilisé sa magie pour aider celui-ci à conquérir la Toison d'Or. Le chœur invoque d'abord les dieux, évoque l'amour de Thésée ("Maestri in celu...") et invite enfin Thésée à se libérer de Médée ("Picca ti da roza a Caucasica") et à épouser une grecque. Suit une ritournelle étonnante ("Ribombinu puru i scaccani") avant l'invocation du départ de Médée : "Qu'elle s'en aille ("Quella, a si porti a notte senza mancu una parolla"), passage où l'on reconnaît des échos du thème de U Furore.
2. L’arditezza
, chanté ici, comme le chœur suivant, dans sa version intégrale, évoque l'audace des Argonautes partis défier la mer.
3. U casticu
a pour sujet le châtiment de ces audacieux "Rei tutti, culpiti tutti".
4. U furore
, enfin, évoque la fureur de Médée répudiée et bannie qui sacrifiera ses enfants à sa vengeance.

Un chef d'œuvre qui fera date.

A Filetta : Si di mè

SÌ DI MÈ  « Tu es des miens »

Intitulé « Sì di mè » (Tu es des miens), ce second (et dernier) album d’A Filetta pour Virgin publié en août 2003 est un disque d'une extrême richesse. Fruit de la collaboration avec Bruno Coulais, ce disque n'a pas eu la promotion qu'il méritait, et depuis A Filetta a cessé sa collaboration avec Virgin. Ses principaux traits sont d'une part les rencontres artistiques et affectives avec les invités : Antoine Ciosi, Guram Tamazashvili, Marie-Jo Allegri, Marie Kobayashi, et d'autre part une plus grande part donnée à l'individualité de chacun des chanteurs.

C’est le disque de la maturité, celui où l’on ose montrer ce qu’on aime, où on dévoile ce que l’on portait en gestation depuis des années, celui où on quitte le giron du groupe pour montrer l’individu.  

(en italique, les commentaires de Jean-Claude Acquaviva)

 1 – Ne’n  Tarra ne’n Celu  
Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais  

L’apparente légèreté de la musique est démentie par le texte :  
« Ni sur terre, ni dans les cieux ne réside mon temps …

Ni sur terre, ni dans les cieux ne s’écoulent mes pleurs …
Ni sur terre, ni dans les cieux … pauvre bonheur ! »
Une chanson sur le sens.  

2 – Santa R’ghjina  

Jean-Yves Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais  
Arrangeur : Bruno Coulais, 2002  
Ce morceau, chanté en duo par Jean-Luc et Paul, évoque le défilé de la Scala di Santa Reghjina, que devait emprunter tout voyageur avant l’ouverture de la route au début du Xxe siècle.  
Le poète Jean-Yves Acquaviva traduit ici la rudesse et la beauté absolue de cette ultime porte qui fascine l’homme et le creuse ; il s’incline devant ce bout d’éternité sur lequel ont défilé avec déférence bien des étoiles.  

3 – Reame Meiu  

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais  
Arrangeur : Bruno Coulais, 1996  

« Pour quelle raison obscure, la folie des hommes continue-t-elle à confondre richesse et opulence ? Mon royaume c’est moi, c’est ma vie et c’est sans doute un peu ma capacité à accepter que l’altérité aussi me construise.  
Difficile équilibre à trouver certainement entre l’autre et moi même, mais équilibre sans lequel, comme le dit Danyel Waro, chanteur réunionnais, je ne serais plus responsable de rien ; pas même de mon bonheur ! »  

4 - Affrescu  

Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Akhenaton - Bruno Coulais  
Arrangeurs : Akhenaton - Bruno Coulais, 1999  
Ce morceau, composé en 1999 sur un texte de Marcellu Acquaviva pour Comme un aimant, est ici présenté sous une forme légèrement différente. « Il consacre la mémoire et son rôle fondateur dans cette édification perpétuelle qu’est l’homme ; une mémoire en forme de dédale susceptible, si nous le souhaitons, de faire de nous des êtres heureux de continuer à n’être que ce qu’ils sont à condition de l’être pleinement, généreusement et sans complexes ! »  

5 – Trà Noi  

Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2001  
Un hommage rendu par Marcellu Acquaviva à A. F. Filippini, poète corse, mort en exil à Rome, dont l'engagement pour la défense de l’italianité du corse lui valut bien des souffrances et des déchirements lorsque éclate la guerre de 39 – 45.  
Chanté en solo par José : une première !  

6 - Dormi  

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1996  

Une berceuse à peine rock avec Paul en lead vocal !  

7 - Tbilissi  

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1997  
Cette chanson interprétée par Guram Tamazashvili est un hymne d’amour adressé à la capitale géorgienne Tbilissi.  

8 - Sì  

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 1998  

« C’est sans doute la chanson la plus folle de cet album aussi bien dans l’écriture des voix que dans celle du texte. Un chant onirique personnifiant le soleil et l’eau et évoquant la solitude du marin en mer depuis l’aube première.
Et si cette chanson était tout simplement celle d’Ulysse ? »  

9 - Tempu  

Ghjuvan-Ghjaseppu Franchi / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2002  
Une magnifique chanson chantée en solo par Jean Sicurani sur le temps qui passe. Des arrangements où la sobriété vocale tranche littéralement avec une orchestration à la fois très dense, très riche et très imagée.  

10 – L’Attesa  

Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2001 – Composée pour « Scènes de crime »  
« Toute l’angoisse et le doute sont là, dans ces mots.

Marcellu Acquaviva nous dit avec force que c’est aussi dans la solitude et l’attente que se fondent le rêve et l’espoir ou plus simplement encore l’espoir du rêve. »  

Un morceau d’une extrême complexité, débutant par une séquence cristalline composée par Bruno Coulais, puis les voix arrivent et s’enchevêtrent. Du très grand Jean-Luc.  

11 – A L’Altru Mondu  

François Vincenti / Dominique Vincenti  
Arrangeurs : Jérôme Ciosi - Bruno Coulais  

« Il fallait beaucoup de pudeur, d’intelligence et de sensibilité pour évoquer la mort d’un jeune garçon sans « sombrer » dans le pathos.
C’est ce que fait ici admirablement François Vincenti : un chant d’amour des cieux vers la terre ; une poésie émouvante grâce à la simplicité et à la justesse de chaque mot. »  

Antoine Ciosi, par sa voix aux accents douloureux autant que rassurants donne à cette prière la force de la sincérité. Le deuxième couplet chanté par Jean-Claude dégage une émotion sans pareille.  

12 - Memorie  

Anton’ Francescu Filippini / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2001  

Un poème en forme de testament laissé par le poète A. F. Filippini :  

« De tant de vie, il ne me reste en mémoire
Qu’une pauvre image ; de tant d’amours
Un nom ou deux ; et de l’enfant turbulent
Que je fus, le seul souvenir d’une blessure »  
Un regard désabusé porté sur le temps et sa fuite ; une vision empreinte d’une grande humilité que seul l’âge, peut-être, sait conférer !  
Une performance vocale et expressive phénoménale de Jean-Claude, une mise en place parfaite des voix, un texte d'une rare beauté : un des sommets de ce disque qui en compte beaucoup …  

13 – Visione Care  

Anton’ Francescu Filippini / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2002  

Durant son exil à Rome, à travers tous ses écrits, le poète A. F. Filippini n’a eu de cesse de se remémorer son île, à lui arrachée. Le poids terrible de sa propre absence a engendré ses vers les plus poignants. Ici, ils disent tout à la fois la passion, l’adoration, l’admiration qu’il porte à sa terre natale et la douleur incommensurable de la savoir à jamais inaccessible.  

A mon avis le seul chant désespéré d’A Filetta.
A la conclusion (O core, inchjoda e to bulelle !) Jean-Claude a des accents jamais entendus. Déchirant.  
14 - A Dì Ti Di Tù
 

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais,
1996  
« Une petite fille vient de perdre son père dans des circonstances tragiques. Sa marraine, elle même handicapée, lui offre ces mots pleins de vie et d’enthousiasme. C’est l’histoire simple de cette chanson qu’ont commandée l’affection et l’amour. »
15 – L’Aria  
Orlando Forioso / Bruno Coulais,
2001  
Marie Kobayashi, mezzo soprano japonaise, mêle sa voix à celles d’A Filetta sur cet air de Bruno Coulais, extrait d’un opéra pour enfants dont l’auteur est Orlando Forioso.  
La princesse Marion supplie ici les compagnons de Robin de la délivrer du méchant shérif.  

16
- Chjarura  

Marcellu Acquaviva / Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais, 2002  

« Cette chanson ne pouvait être que celle de la fin, ne serait-ce que parce qu’elle dévoile des horizons jusqu’ici inespérés. Tout en évoquant la vanité des choses de la vie, rappelant en cela les paroles de l’Ecclésiaste, elle célèbre « des héros partis traquer le vent ». Une ode à la marche, une ode à la vie, dans un climat apaisé. »  

A Filetta : Intantu 

INTANTU

Intitulé « Intantu » (En attendant), le premier album d’A Filetta pour Virgin publié en mai 2002, représente ce qu’est le groupe à un moment donné : « Nous avons toujours fait des disques à thème : en 1992 un disque de chants sacrés, en 1995 un disque de chansons, en 1997 un disque consacré aux chants de la Passion. Ce disque correspond à ce que nous sommes : un groupe venu de la tradition qui s’est enrichi en fonction des rencontres qu’il a fait ».

Entre 1994 et 2002, le parcours des chanteurs balanins aura été particulièrement fécond : créations au théâtre, musiques de film (avec Bruno Coulais), rencontres avec divers artistes venus de Sardaigne, Géorgie, Bulgarie, création d'une Passion du Christ à Calvi, collaborations avec divers compositeurs et musiciens classiques, etc...
C'est au sortir de cette période faste, que paraît en avril 2002, "Intantu" qui restitue "la trajectoire polyphonique" extrêmement novatrice du groupe. Cet enregistrement apparaît aujourd'hui comme l'un des moments clé de la carrière du groupe car il fait se dessiner plus précisément la personnalité et le "profil polyphonique" de ce groupe.

1 - U  Casticu  
Extrait du choeur III de “Médée” de Sénèque. Il évoque le châtiment atroce de ces audacieux qui avaient bravé la mer (« Et celui qui fut à l’origine de tout, qui convoitait tant la Toison d’or, il fut mis à bouillir dans un chaudron… »)  

2 – Paghjella  

Chant traditionnel à quatre voix évoquant le poète Pampasgiolu.  

3 – L’Arditezza  

Extrait du choeur II de “Médée”. Il évoque l’audace des Argonautes, ces marins présomptueux qui pensaient pouvoir « abolir l’ailleurs ».  

4 - Makharia  

Chant géorgien chanté tout en retenue  

5 – Paghjella di l’Impiccati  

Composé par Ghjuvan-Teramu Rocchi et Jean-Claude Acquaviva, cette paghjella déjà présente sur Una Tarra Ci Hè (il est d’ailleurs intéressant de comparer les deux versions) relate la répression qui s’abattit sur le Niolu après la défaite de Ponte Novu : les troupes françaises se sont livrées à un massacre, la plus jeune victime, Marcu Maria, n’avait même pas quinze ans…  

6 – A Canzone di a Malata  

Une rareté dans le répertoire d’A Filetta : une monodie recueillie dans la vallée du Marsulinu chantée ici par Jean-Luc Geronimi évoquant la douleur devant la souffrance d’une jeune fille malade.  

7 – Cose viste  

Texte satirique d’Anton Francescu Filippini qui porte un regard moqueur sur l’évolution des moeurs (« j’ai vu mettre des manteaux aux chiens et se déshabiller des jeunes filles »)  

8 – U Sipolcru  

Déjà présent dans Passione, ce chant de la Passion évoque la mise du christ au sépulcre  

9 – Trà i Debbii Maio’  

Version a cappella de la composition de Marcellu Acquaviva et Bruno Coulais pour le Don Juan de Jacques Weber  

1
0 – E Loche  

Autre extrait de Don Juan  

11 – Kyrie  

Création du groupe : un petit bijou de concision, une mise en place au millimètre.  

12 – L’Anniversariu di Minetta  

Reprise magnifique du morceau de Tavagna : “Pour ta mémoire et sa lumière chère à mon coeur, je veux vivre intensément chaque instant concédé et le vivre pour toi” Version chargée d’émotion.  

13 – Sub Tuum  

Création récente sur un texte liturgique  

14 – Caracolu di Brame  

Troisième extrait du Don Juan  

15 – Sumiglia  

Morceau emblématique du groupe, qui clôt chacun de leurs concerts depuis une bonne quinzaine d’années, c’est un chant créée en 1988 « hommage rendu à celui qui jusqu’à son dernier souffle s’est identifié à cette terre qui nous a engendrés ; c’est un hymne à l’altruisme, au don de soi »

A Filetta : Passione

PASSIONE  

(Très bien) enregistré en 1997 à la Cathédrale Saint Jean-Baptiste de Calvi et au Couvent de Corbara, ce disque est entièrement consacré aux chants de la Passion. Jean-Luc Geronimi s’est récemment joint au groupe. Cette arrivée n’est sans doute pas étrangère au nouveau son du groupe. On retrouve ici tous les chanteurs de Ab Eternu plus Pierre Bertoni ainsi que les violoncellistes Paul-Antoine de Rocca-Serra et Anne-Lise Herrera ainsi que Jean-Michel Giannelli à l’orgue.   

1 – U Sipolcru
Création de Jean-Claude souvent reprise en concert. Sur une basse continue se déploie le chant de Jean-Claude. Intense tension dramatique pour ce premier chant qui finit dans un souffle  sur « è mi n’avvegu… » 
2 – L’Orme Sanguine

Chant du Via Cruci de Ruglianu sur un texte du XVIIIème siècle. On remarquera que certains passages évoquent le Diu Vi Salvi Regina.

3 – U Lamentu di Maria

Reprise de cette magnifique création déjà entendue dans Una tarra ci Hè. 

4 – Dies Irae

Orgue et violoncelles introduisent ce chant de la messe des défunts sur une musique de JM Giannelli. Une curiosité dans le répertoire d’A Filetta.

5 – U Lamentu di Ghjesù

Reprise d’une grande intensité de cette magnifique création. On remarquera la transposition dans un registre beaucoup plus aigu du chant du soliste (Jean-Claude) 

6 - Ghmerto

Un des morceaux emblématiques d’A Filetta, ce chant géorgien sera souvent chanté en concert. Une construction en spirale, un mélange de douceur et de puissance.

7 – A Sintenza

Création de Jean-Claude, d’une grande intensité dramatique. Il faut le voir en concert, son visage grimaçant exprimant toute la souffrance « de celui qui souffre en silence ». Jean-Luc en terza.

8 – U Dubbitu

Création de Marcellu Acquaviva-Franceschini / Jean-Claude Acquaviva. On retrouve le climat musical d’Una Tarra ci hè.

9 – A l’Alivetu

Création de Jean-Claude. Une longue plainte d’une intense tension dramatique. Un des sommets de ce disque.

10 – Lamentazione di Jeremiae

Arrangements d’A Filetta des lamentations chantées lors de l’Office des ténèbres de la Semaine Sainte de Calvi

11 – Tecco

Arrangements d’A Filetta 

12 – Alleluia

Jean-Claude Acquaviva / Jean-Michel Giannelli  

A Filetta : Una tarra ci hè

UNA TARRA CI HE  (1994)

Le premier chef d’oeuvre d’A Filetta est dans sa majeure partie un disque de chansons, avec instruments. Il présente également quelques polyphonies. On retrouve ici tous les chanteurs de Ab Eternu auxquels s’est joint Pierre Bertoni. A mon avis leur premier disque pleinement réussi, que l’on prend plaisir à réécouter.  

Paru en 1994 Una tarra ci hè, Grand Prix de l'Académie Charles Cros, constitue l'un des plus beaux opus de l'ensemble A Filetta. Composé de chansons largement rendues polyphoniques par les arrangements vocaux du groupe, il regorge d'orchestrations acoustiques où se mêlent guitares, cetere, pivane et violons traditionnels mais encore percussions orientales et quatuor à cordes. Les textes évoquent la Corse, son histoire, ses croyances, ses doutes, ses craintes mais aussi ses rêves d'avenir à travers une poésie imagée, généreuse et parfois même, envoûtante...

1 – E’ Puru Simu Quì
Ouverture du disque avec un quasi-hymne. Très dynamique.
2 – Una Tarra Ci Hè
Encore une composition de Jean-Claude, belles sonorités de guitare.

3 – A Paghjella di l’Impiccati

Une paghjella de création relatant un épisode de la « pacification » du Niolu par les troupes françaises après la défaite de Ponte Novu. Une grande émotion se dégage de ce chant. 

4 – Trè

Climat moyenâgeux pour cette composition de Jean-Claude : « ils étaient trois : un vieux moine, une ombre et un roi ».

5 – Malanni

Sur un texte de G. Fusina, un lamentu moderne relatant l’existence d’un chômeur.

6 – S
ò l’Omu
Texte de Marcellu Acquaviva, musique de Jean-Claude.

7 – Fiure

Texte de Marcellu Acquaviva, musique de Jean-Claude.

Une ballade d’une grande douceur chantée par Jean-Claude.

8 – A Muntagnera

Texte de Marcellu Acquaviva, musique de Jean-Claude.
La vie des bergers à travers les épisodes de la transhumance du Falasorma vers le Niolu. En passant par le col de Caprunale, bien connu des randonneurs, où, dit-on, on pouvait monter en calèche à la fin du XIXe siècle, la fontaine du Tassu, le repos à Mirindatoghja….

9 – A l’Acula di Cintu

Autre évocation du Niolu que cette création de Jean-Claude.

10 – U Lamentu di Maria

Une des plus belles créations polyphoniques de cette époque. 

11 – Da Grande

Très jolie chanson sur le thème de l’imaginaire enfantin.

12 – L’Ombra Murtulaghju

Marcellu Acquaviva /Jean-Claude Acquaviva 

“Furieux s’est fait le vent d’hiver... Par les champs une ombre est passée »

13 – Eo Sai

Balade pleine de tendresse composée par Jean-Claude Acquaviva
 

AB ETERNU  

Enregistré en janvier 1992 à l’Oratoire Saint-Antoine de Calvi, Ab Eternu est presque entièrement consacré à des chants liturgiques (messe des défunts, semaine sainte) à l’exception de Sumiglia, composé à la mémoire de Ghjuvan Battista Acquaviva.

Participent à ce disque Jean-Claude, Jean, Paul, José et Maxime ainsi que Jean Antonelli, François Croce  et Jean-Marc Pellegri, tous alternativement siconda et bassu.

La couleur sonore de ce disque est donc très différente de celle d’aujourd’hui, avec un net décalage vers le grave. En outre, les voix sont plus fondues entre elles, plus difficiles à identifier.  

1 - Miserere
Chant liturgique de Corbara, chanté très classiquement, sur un tempo lent.

2 – Tantum Ergo

Très belle création composée par Jean-Claude. Là encore un rythme lent, avec de ces passages « aériens »  qui sont  la grande particularité du chant d’A Filetta.

3 – Agnus Dei

Extrait de la messe d’Olmi-Cappella. Des graves très profonds.

4 – U Versu di Paulellu

Très courte création de Jean-Claude sur un texte traditionnel.

5 – Requiem

Création de Jean-Claude sur un texte traditionnel.

6 – Tecco

Un extrait de la Semaine Sainte de Calvi chanté par les confrères lors des processions du vendredi Saint, dominé par la belle voix de Jean.

7 – E Lode di u Sepolcru

Extrait de la Semaine Sainte de Tagliu Isulacciu, déjà chanté par E Voce di U Cumune ainsi que par I Muvrini et Tavagna. Parfois chanté en concert par A Filetta, notamment dans le ballet In Memoriam. A chacun de comparer les versions !

8 – Sanctus

Création de Jean-Claude sur un texte traditionnel.

9 – U Lamentu di Ghjesu

Création de GD Marcotorchino, Toni Casalonga, Nando Acquaviva et Roccu Mambrini, créé en 1982 lors de la Passion de Calenzana en 1982 et déjà enregistré dans A u Visu di tanti. Un des morceaux les plus émouvants du répertoire d’A Filetta, que l’on retrouvera encore dans Passione. La présente version est plus recueillie, moins dramatique et plus lente que celle de Passione.
10 – Te Deum
Chant liturgique de Calvi

11 – Presso il Legno

Extrait de la Semaine Sainte de Calvi.

12 – Agnus Dei di i Defunti

Création de Jean-Claude sur le texte liturgique de la messe des défunts.

13 – Libera Me

Extrait de la Messe des défunts de Balagne dominé par les voix graves.

14 – Stabat Mater

Magnifique chant liturgique chanté à Calenzana pendant la Semaine Sainte

15 – Paghjella d’Ascu

Paghjella traditionnelle selon le versu d’Asco.

16 – Sumiglia

Morceau emblématique du groupe, qui clôt chacun de leurs concerts depuis une bonne quinzaine d’années, c’est un chant composé en 1988 à la mémoire de Ghjuvan Battista Acquaviva. « Hommage rendu à celui qui jusqu’à son dernier souffle s’est identifié à cette terre qui nous a engendrés; c’est un hymne à l’altruisme, au don de soi »

En conclusion, un très beau disque, peut être un peu monocorde, avec quelques pépites comme U Lamentu di Ghjesù et Sumiglia. S’expriment  déjà les immenses qualités d’écriture de Jean-Claude, notamment dans l’Agnus Dei di i Defunti et le Tantum Ergo. Le meilleur reste cependant à venir…

A Filetta, photo JC Casanova

A’ U VISU DI TANTI  (1989)

1 – Salutaris Hostia
Traditionnel d’U Mucale, près de Calenzana.

2 – Violetta

A Filetta donne ici son interprétation de ce « classique » de la polyphonie, chanté notamment par Voce di Corsica et les Chœurs de Sartène.

3 – U Ballu di Larenzu

Création de Jean Antonelli

4 – Requiem

Traditionnel de Rusiu.

5 – Kyrie

Traditionnel d’Ascu .

6 – Anima

Création de Marcel et Jean-Claude Acquaviva .

7 – U Lamentu di Ghjesù

Création de GD Marcotorchino, Toni Casalonga, Nando Acquaviva et Roccu Mambrini, créé en 1982 lors de la Passion de Calenzana. Un des morceaux les plus émouvants du répertoire d’A Filetta, que l’on retrouvera encore dans Ab Eternu et Passione, 

8 – A Muresca

Traditionnel .

9 – A’ u Vechju Pueta

Traditionnel.

10 – Paghjella

Traditionnel .

11 – Pueta

Création de Jean-Claude sur un texte de Rinatu Coti.

12 – Suda Sangue

Traditionnel de Calvi .

13 – A’ Vende Hè

Composition de Jean-Claude.

14 – Dio Vi Salvi Regina

La version d’A Filetta de l’hymne corse .  

A Filetta : photo JC Casanova

« Parole abisse che diconu pocu è tantu » (des paroles qui disent peu et beaucoup à la fois) : les mots de Jean-Claude Acquaviva [compilation de Jean-Claude Casanova]

Se focaliser sur la défense de la langue, c'est se tromper de combat. La langue, si elle n'est pas celle du pain, du jour, du repas, du coucher, ce n'est pas la peine de se battre pour elle. Ce qui est important, c'est d'essayer de vivre par la langue et non pas de faire vivre la langue. Dans ce sens-là, on se considère toujours comme des gens militants. Pas des militants qui se posent en défenseurs d'un sanctuaire. Un sanctuaire, ça sent déjà la mort. Notre musique, c'est tout sauf quelque chose de proche de la mort.

Dès lors que l'on a des racines, on n'a pas besoin de prouver qu'on y est fidèle.

Toutes les traditions n'ont de sens que dans la mesure où elles évoluent. Elles évoluent naturellement depuis toujours ne serait-ce que par la communication, par les civilisations qui se succèdent, se croisent où s'entrechoquent et quelque fois se déchirent. De là naît une culture. Si l'on doit faire une analyse du chant polyphonique traditionnel on ferait le constat qu'il est endémique, c'est un chant qui manifestement a des origines ailleurs où il a été influencé. Il faut replacer ce chant dans une perspective d'ouverture sur le monde, il ne faut pas faire du suivisme et se mettre dans les pas d'une musique dominante. Si notre musique est ouverte, tant mieux ! Elle doit le demeurer pour continuer à être le reflet d'une communauté qui vit, avance et évolue. La tradition n'a de sens que si elle continue d'être le reflet d'une communauté qui avance. 

En octobre 1978, naissait le groupe A Filetta. A l'époque nous ne savions pas et d'ailleurs, nous ne savons toujours pas, s'il s'agissait du rêve d'une esquisse ou de l'esquisse d'un rêve. L'esquisse d'une demeure à jamais ouverte où pourraient venir trouver refuge, les âmes entremêlées, qui dans leur quête d'éternité, tissent et retissent les fils de ce vieux partage qu'est le chant.

Le rêve d'un navire sans pavillon, parti de nulle part sillonner l'ailleurs où des phares immémoriaux pourraient peut-être un jour lui dire : " c'est là, parmi vous, dans l'éphémère partagé que sont les étendues éternellement heureuses. "

Vingt ans aux côtés de tous ceux qui ont la conviction que la vie est de ces batailles à mener dont il ne faille sortir ni vainqueur ni vaincu, mais grandi.

Et, s'il fallait, au terme de ces quelques années que subsiste une empreinte et une seule, nous souhaiterions vraiment que ce soit celle de voyageurs dont la seule préoccupation était de ne rien vouloir altérer.

Il faut être ce que nous sommes et l'être pleinement et ne pas chercher ni à plaire, ni à complaire; il ne faut pas tricher avec cela.  

A Filetta : photo JC Casanova

Chanter c'est, aussi et peut-être surtout, dire tendrement des choses puissantes et puissamment des choses tendres.

Notre chant est de pierre et d'eau. Dans ses plis et replis, dans ses arcanes, il épouse les contours de l'âme de ce rocher tumultueux qui nous a engendrés.

Notre chant est un chant qui consacre la mémoire, il est aussi un chant qui prône l’ouverture, l’accès à l’autre. Surtout, il traduit le besoin profond de n’être que ce que nous sommes, mais à l’être pleinement, sans complexes, en authenticité et généreusement. Pas en essayant d’en faire un sanctuaire. Le sanctuaire, cela sent déjà la mort.

La pratique de la polyphonie est absolument liée à l'établissement d'un lien social. C'est peut-être ce qui explique sa force et le fait qu'elle ait trouvé une nouvelle raison d'exister.

Pratiquer cette musique, tenter de lui donner un prolongement, c'est pour nous caresser l'espoir de rapporter les clameurs nées du campement de quelques nomades dans ce désert qu'est le temps.

Au-delà de l’aspect technique, la polyphonie est une musique de partage, qui ne se conçoit que dans la complicité. Il faut bien se connaître, beaucoup d’échanges sur le plan humain pour que cela fonctionne. Pour qu’il y ait une cohésion entre plusieurs voix, il faut qu’il y ait du sens à travers ce qui est chanté. C’est une musique qui contribue à créer des rêves collectifs.

Je considère que le problème corse est spécifique, comme le problème de n’importe quelle micro-région l’est. Parce qu’il y a des raisons, une histoire, une géographie, propre. Mais, j’ai toujours pensé qu’il n’est qu’une toute petite partie d’un grand problème universel qui tient à la répartition des richesses, à la justice, à l’équité, au respect. Du plus petit de la chaîne au plus haut, respectons la vie dans ce qu’elle a de sacré, donnons à chacun les moyens de vivre dignement. Il faudra bien trouver un jour ou l’autre les solutions du développement.

La vraie Corse est pour moi la Corse avec toutes ses composantes. Les meurtres, les attentats, les rivalités font aussi partie de la Corse et il ne faut pas évacuer cela. Mais, tout à côté il y a des gens qui progressent, qui produisent, qui travaillent, qui essaient que cette terre aille de l’avant. De cela on ne parle pas, ou très peut.

Le problème corse n’est pas un problème local, il est mondial. Comme beaucoup d’autres territoires dans le monde, face à la mondialisation, la Corse doit garder sa spécificité et sa culture. Le vrai enjeu est là.

Un Continental qui change de département n’a pas le sentiment de partir de chez lui. Un Corse qui part de Corse s’arrache. Cela a eu une influence très forte sur cette volonté de maintenir, de cultiver.

La France a eu en Corse une politique violente, elle a essayé d’éradiquer tout ce qui faisait la spécificité des Corses au niveau de la langue, de la littérature. La France, par des lois douanières assassines, a essayé de mettre complètement par terre l’économie corse. Cela fait aussi partie de l’histoire de France. Aujourd’hui, cela se traduit par une violence qui a été en partie légitime et une violence qui, en grande partie, a dérivé pour des tas de raisons, pour des choix qui ont été faits ou pas. Parce que la clandestinité a pris le pas sur le reste et l’on sait qu’une violence clandestine est incontrôlable. Sous couvert d’une violence clandestine, des bandes armées se constituent, elles se partagent des secteurs. On est donc arrivé à des dérives avec, malheureusement, des gens sincères qui se sont faits flinguer sur le terrain et des gens douteux qui ont fait leurs affaires. Aujourd’hui, on en est là.

Le chant a été pendant longtemps, dès la fin des années 60 et depuis le phénomène revendicatif très fort, une parole militante. Il a été le moyen de faire passer des idées. Le mouvement autonomiste s’est beaucoup appuyé sur les chanteurs. Aujourd’hui, nous sommes capables de dire avec notre langage et notre musique ce que les peuples de la terre disent avec leur langue et leur musique. Je ne pense pas que si on en était resté à quatre paroles chantées de façon militaire, on aurait fait progresser notre terre comme elle a progressé. Car, quoi qu’on en dise, durant les trente dernières années, on a fait un sacré bond en avant, même si nous qui vivons la Corse au quotidien, nous avons toujours le sentiment que les choses n’avancent pas. Les premières années ont été militantes jusqu’aux années 80, puis tout cela est devenu plus universel. On a donné à l’universel nos couleurs spécifiques.

Nous considérons que nous vivons dans un monde qui ne peut qu’aller dans le mur. Quand 10 % des gens de la planète se répartissent 98 % des richesses, cela ne peut pas tenir. C’est non seulement injuste, mais invivable.

 L’identité ne se décrète pas, elle ne se projette pas, elle se dévide dans le souffle des hommes, et la sauvegarde de l’identité passe par l’identité plus que par la sauvegarde.

A Filetta : photo JC Casanova

Quelques concerts passés

29 avril 2003 : concert en famille au théâtre de Saint Quentin en Yvelines. Au programme Intantu, un récital varié, parfait pour un premier concert. Nous avions réservé nos places sur internet et étions très bien placés. Je me rappelle être allée voir Jean-Claude à la fin du concert pour lui demander une dédicace du programme et pour lui parler de ce site, tout juste lancé à l'époque, j'avais les jambes en "chamallow" car il faut dire que le bonhomme est impressionnant.

8 avril 2006 : j'assiste à leur concert à Nanterre (92). Mon dernier concert du groupe étant celui du 29 avril 2003 (St-Quentin en Yvelines), il me tardait de revoir A Filetta  sur scène. J'ai été portée toute cette journée par l'énergie de plusieurs fans du groupe dont la connaissance d'A Filetta et de la polyphonie corse d'une manière générale est encyclopédique. Je me nourris de leurs réflexions sur le groupe, ses albums, ses concerts et son rôle majeur dans les rencontres polyphoniques de Calvi. Leur enthousiasme est communicatif. Nous partageons ensemble ce moment de grâce qu'est un concert d'A Filetta. Je découvre sur scène les nouvelles créations de Bruno Coulais dont Marco Polo mais retrouve aussi avec beaucoup d'émotion les classiques du groupe. En fin de concert, je suis dirigée sans trop comprendre comment dans la loge des chanteurs. C'est un grand bonheur de pouvoir échanger avec de telles pointures du chant corse en toute simplicité où comment un petit site internet virtuel conduit à des rencontres artistiques et amicales bien réelles. Merci encore à tous !


Affiche A Filetta - concert de Nanterre

Fan Club d'A Filetta
Une partie des fidèles d'A Filetta 
devant la Maison de la musique de Nanterre

Du 12 au 16 septembre 2006 : les rencontres polyphoniques de Calvi sont l'occasion de découvrir de nombreux artistes tous introduits par le groupe A Filetta. En 2006 nous en sommes au XVIIIèmes rencontres mais pour moi ce sont les premières. Quel régal de retrouver A Filetta tous les soir pour des extraits de Médéa et de Marco Polo. Jusqu'à présent, le groupe était un tout indivisible. A partir de septembre 2006, au contact des fans, j'apprends à dissocier les noms et les voix. J'avoue être encore plus dans le ressenti que dans l'analyse même si l'analyse des uns et des autres m'aide à mieux apprécier le groupe. 

A Filetta aux Rencontres 2006, photo Paul Parenti

A Filetta aux Rencontres 2006, photo Paul Parenti

Le 4 octobre 2006 : A Filetta ouvre avec Médéa le cycle La Méditerranée des musiques à l'Institut du Monde Arabe (Paris). Nous sommes à nouveau aux premières loges. Compte tenu des dimensions de la salle, le concert est sonorisé ce qui change vraiment la perception de chaque voix. Médéa nous est proposé ici dans son intégralité, une sacrée performance si l'on tient compte de la densité du texte. A l'issu du concert, nous rencontrons Julia Sarr qui était invitée aux côtés du guitariste Patrice Larose aux rencontres polyphoniques de Calvi. Nous lui témoignons notre admiration pour sa prestation. Elle est aussi gracieuse et amicale que pendant les rencontres. Dans la conversation, nous lui lançons le défit de nous laisser un petit  message chanté sur répondeur. 3 jours plus tard, alors que je suis grippée avec le moral à zéro, je trouve son petit message sur mon répondeur, une sacrée aide à la guérison. Quelle voix ! La magie des rencontres...
http://www.imarabe.org/temp/spectacles/spectacles2006-2007/musique20061004.html


 

Le 15 mai 2007 : A Filetta se produit à Saint-Germain-en-Laye (78). 
C'est la première occasion pour moi de voir le groupe dans un concert musical, en effet, il s'agit d'une représentation de l'album "Si di mè". La représentation se déroule en deux parties : une partie a cappella avec la reprise de créations du groupes et de bandes originales des films Himalaya et Le Libertin, une partie avec 6 musiciens, les mêmes que ceux qui ont enregistré l'album. Himalaya je ne m'en lasse pas d'autant plus qu'il est toujours amusant de voir la tête des gens lorsqu'ils découvrent que cette bande originale d'un film plutôt connu est chantée par des corses et non des tibétains. 
Quant à la partie musicale, elle s'installe doucement après la partie a cappella. Peut-être faudrait-il un entracte ? On sent que les chanteurs sont encore tout à leur concentration et que le cercle qu'il forme habituellement est rompu par cette prestation en ligne face au public. Puis au fil des chansons, la complicité avec les musiciens s'installe jusqu'à une parfaite harmonie. Les jambes bougent, les doigts swinguent, les visages s'illuminent. C'est un groupe plus léger, plus joyeux, plus sensuel, plus rock que l'on découvre. Les chanteurs savourent chaque envolée musicale comme si c'était la dernière. En effet, les concerts musicaux d'A Filleta sont rares ce qui rend leur prestation d'autant plus méritante car la formation n'a pas eu le temps de se roder sur scène. Lors de l'introduction à Liberata, une simple note de clavier accompagne la présentation de Jean-Claude Acquaviva. Comme on dit dans la mode : un rien l'habille ! Mention spéciale à la prestation de Jean-Luc Geronimi sur un des premiers succès du groupe "A muntagnera" (1978) qu'il interprète magistralement bien. Il est indispensable au groupe mais pourrait faire une très belle carrière solo dans un registre un peu plus romantique. Sa prestation me fait penser à celle des dernières rencontres polyphoniques de Calvi où il chantait accompagné par une formation de violoncelles. Magique. En plus il est beau gosse. Bref, je suis sous le charme ! 
A la fin du spectacle il est toujours aussi agréable de faire notre petit debriefing entre initiés en attendant de saluer les artistes et de les remercier pour cet excellent moment passé ensemble.

    Le programme de Saint-Germain (cliquer pour agrandir) 

A Filetta et les musiciens de Si di Mè à Saint-Germain-en-Laye        

Le 15 décembre 2007 : nous rejoignons A Filetta en Belgique

Par un glacial week-end de décembre, nous nous rendons à Anvers pour voir une nouvelle fois A Filetta avant la fin de l'année 2007.
Le groupe est en pleine tournée dans le nord de l'Europe (Belgique et Hollande) et propose ce samedi une représentation au Zuiderpershuis
Cette ancienne usine hydraulique transformée en salle de spectacle est un endroit convivial et chaleureux. Nous dînons dans son foyer et rejoignons une salle de spectacle aux larges voûtes en briquettes rouges. Une fois n'est pas coutume, nous ne sommes ni dans un cadre théâtral, ni dans un cadre religieux mais dans un cadre industriel. Qui plus est, nous sommes entourés de flamands dont la langue semble si éloignée du corse. Même la pratique de suspendre son manteau le long d'un grand espace de patères avant de s'installer dans la salle me laisse perplexe. Chez nous autres latins, la tentation serait trop forte pour certains d'échanger leur veille pelure contre une belle zibeline. Ici tout semble plus discipliné, plus respectueux, plus anglo-saxon quoi ! Bref c'est le dépaysement total à deux heures de Paris. J'imagine que nos amis corses doivent aussi se sentir dépaysés. Ils nous offrent un spectacle irréprochable avec alternance de chants sacrés et de compositions. Cette sélection de titres repris de concerts en concerts mais non encore enregistrés pour certains sera le programme de leur prochain disque. A noter une très jolie monodie sentimentale chantée par Jean-Luc Geronimi. Seul au milieu de la scène, on l'imagine à une autre époque chanter pour son compte ou bien pour le compte d'un autre, façon Cyrano de Bergerac, sous le balcon d'une dulcinée. Me voilà plongée dans une crise de romantisme aigu : ça doit être l'effet magique d'Anvers ! Toujours autant de frissons sur les morceaux tirés de la BO Himalaya l'enfance d'un chef; des morceaux qui permettent de bien isoler les voix de chaque chanteur.
A la fin du concert, nous partageons un peu de l'intimité du groupe. Il est intéressant de voir que le spectacle est disséqué et analysé dans un réel soucis de perfection. A table c'est un savoureux mélange de corse, de français, de gentilles mises en boite, de petits bouts de chant : une ambiance typique de place de village corse qu'il fait chaud au cœur de retrouver en plein hiver si loin de la Corse. Nous quittons A Filetta qui poursuit sa tournée aux Pays-Bas. Cette escapade nous a permis de découvrir Anvers et même de contenter une de mes nombreuses passions, à savoir l'architecture Art Nouveau.
Rendez-vous est pris pour samedi prochain à Anvers…non pas que j'ai décidé de passer tous mes week-end en Belgique mais Anvers est la station de métro parisienne la plus pratique pour moi pour rejoindre le théâtre des abbesses (théâtre de la ville) où se produira Barbara Furtuna samedi en huit. Nous n'avons pas réussi à réserver des places (théâtre complet) mais nous croyons en notre bonne étoile…et avons bien raison ! 

Anvers

Concert A Filetta à Anvers

Anvers

Un week-end d'hiver à Anvers pour voir A Filetta

27 et 28 mai 2008 : A Filetta à l'Européen à Paris

Texte de l'Européen (voir le site internet de l'Européen).
Depuis près de trente ans, A Filetta (« la fougère »), l’un des groupes phares du chant corse, sillonne le monde. Composé de 7 voix d’hommes, ce chœur tout en perpétuant les traditions vocales de son île, explore bien d’autres domaines du chant polyphonique notamment par la création d’œuvres contemporaines.
Lors de ces deux concerts parisiens, A Filetta présentera son nouvel album : « Bracanà », fait de bribes de vie que le chant a cristallisées au cours des ans.
Deux ans après la parution de «Medea », ce nouvel opus comprend 14 titres a cappella issus de divers répertoires créés entre 2001 et 2006. Un disque ouvert, « bariolé » comme son nom l’indique sur lequel A Filetta donne à entendre, certaines de ses créations jusqu’ici inédites.
Les textes (hormis ceux de la liturgie) sont signés Jean-Claude et Jean-Yves Acquaviva, Primo Levi, Pampasgiolu et Petru Santucci.
Ce recueil reflète le chemin parcouru depuis quelques années par le groupe qui multiplie les expériences et les partenariats au théâtre, dans la musique de film (Bruno Coulais), le jazz (Paolo Fresu) ou la danse contemporaine (Sidi Larbi Cherkaoui) .

« Notre chant est de pierre et d’eau. Dans ses plis et replis, dans ses arcanes, il épouse les contours de l’âme de ce rocher tumultueux qui nous a engendrés. Pratiquer cette musique, tenter de lui donner un prolongement, c’est pour nous, caresser l’espoir d’être du haut silence de nos montagnes, l’espoir de renouveler la féconde attente de tant de nos rivages ou peut-être, et beaucoup plus simplement encore, l’espoir de rapporter les clameurs nées du campement de quelques nomades dans ce désert qu’est le temps. »

28 mai 2008 : Concert d'A Filetta à l'Européen

Si j'étais chanteuse, je débuterais ma carrière à l'Européen. J'ai adoré cette salle très parisienne, petite et chaleureuse à la très bonne acoustique, en forme de demi-cercle. Le groupe A Filetta formant lui-même un demi cercle, nous voilà réunis dans un cercle complet, ça commence bien ! 
Ce concert est l'occasion de découvrir le nouvel album Bracanà. En dehors du l'énorme travail de composition toujours aussi précis et irréprochable, je suis ce soir très frappée par les chants traditionnels :  une paghjella chantée en début de concert et Cuntrastu chanté par Jean-Luc Geronimi. Est-ce parce que je viens de terminer le fabuleux livre de Paul Dalmas-Alfonsi "La Corse de Francesca Maria" qui évoque les traditions corses que je suis particulièrement touchée par ces nouvelles interprétations du patrimoine culturel corse ? 
Ce soir le public est particulièrement réceptif aux dernières créations du groupe et les rappels, aidés par un plancher en bois, sont particulièrement sonores.
Il faut dire que la force qui se dégage du Benedictus ou de Treblinka pour ne citer qu'eux vous cloue littéralement au siège. A la fin du concert, Jean-Claude Acquaviva introduit, lors d'un rappel, Gabriel Yacoub, un chanteur qu'il définit comme étant le plus grand de sa génération. Je suis forcément curieuse de découvrir le chanteur qui a visiblement marqué la jeunesse du groupe. Etant plutôt fan de musiques de monde, voire de musique bretonnante, je m'étonne de ne pas connaître l'ancien leader du groupe Malicorne. Il interprète sur scène le titre "Si c'était" qui se termine avec l'intervention des chœurs A Filetta. C'est en soi une très belle chanson qui trouve ici une toute autre dimension (merci encore une fois à Bruno Coulais pour ses arrangements). J'ai juste envie de dire à Jean-Claude Acquaviva, qui exposait dans un récent article qu'il avait changé de maison de disque parce que l'ancienne lui proposait des duos jugés trop commerciaux, qu'il peut sans crainte poursuivre dans cette direction des duos non commerciaux ! Le hasard fait que j'ai trouvé le disque de Gabriel Yacoub à la médiathèque de ma ville et la version de "Si cétait" sans A Filetta paraît bien fade. Merci en tout cas à A Filetta de m'avoir permis de découvrir l'univers d'un artiste très méconnu en France alors que c'est un vrai poète. Ca ne m'étonne pas car A Filetta est un groupe tout aussi généreux envers son public qu'envers les artistes amis.  
Un petit rêve perso, un duo (non commercial of course) A Filetta/Claire Diterzi serait sûrement le plus beau trophée de son Tableau de chasse.

Jeudi 5 février 2009 : A Filetta à L'Alhambra dans le cadre du festival au fil des voix

Nous sommes huit ce soir à avoir rendez-vous au "Pied de vigne" pour un rapide en-cas avant le concert d'A Filetta. L'occasion pour moi de rencontrer deux membres du groupe Tra-noï qui viennent  spécialement des Pays-Bas où ils s'occupent, entre autres choses, d'animer un site internet multi-lingues dédié à A Filetta. Il y a aussi Ursula qui vient spécialement d'Allemagne et Françoise qui arrive de Perpignan. Devant tant d'enthousiasme et de bonheur de se retrouver autour d'une passion commune, je ne peux m'empêcher de penser que l'énergie positive qui me fait défaut en ce moment se trouve forcément autour de cette table. Une salade, un peu de raisin du pied de vigne et nous voilà partis pour rejoindre l'Alhambra. 
Je suis contente de découvrir l'Alhambra à l'occasion de ce spectacle, car pour moi, c'est, une salle parisienne mythique, à l'instar du Bataclan. Il se trouve qu'ils organisent un festival intitulé "Au fil des voix" où A Filetta se produira en deuxième partie, après un groupe japonais. Le tout est largement parrainé par Télérama, d'où un certain effarement en constatant que la sécurité fouille les sacs et prend les bouchons de bouteilles, éventuels projectiles (?) en otage. On est tout de même plus dans un festival intello d'abonnés à Télérama qu'au stade de France avant un concert de rock-star, non ? Si les intellos parisiens amateurs de chants polyphoniques se mettent au lancer de bouchons de bouteilles, où va t'on ! Messieurs les propriétaires de l'Alhambra, il faudrait voir à étudier le profil de vos spectateurs. CQFD.
Pour être complètement honnête, j'appréhende un peu cette première partie. Les préjugés de l'inconnu sans doute. Toutefois, se retrouver à Paris, dans une ambiance proche de celle de Calvi et ses rencontres polyphoniques est bien agréable.
Finalement, c'est un véritable coup de cœur pour le trio Miyazaki. J'ai aimé le côté ancestral des kotos que je rapprocherais peut-être de la harpe bien que le koto basse ait une sonorité beaucoup plus organique que la harpe. Je n'avais jamais entendu jouer d'un accordéon  (Bruno Maurice) en condition acoustique et j'avoue que c'est une expérience vraiment émouvante. Je ne savais pas que l'accordéon pouvait respirer, imiter le bruit des vagues, être si sensiblement effleuré que le cliquetis des touches devient aussi une musique. Quant au violon (Manuel Solans), il est l'interlocuteur idéal du koto, auquel il répond avec beaucoup de justesse. J'ai aimé le peu que j'ai vu de la personnalité de Mieko Miyazaki, si traditionnelle dans son kimono et si fidèle à l'image que l'on peut se faire d'une japonaise et pourtant si moderne, tellement inspirée et je suis sûre très déterminée dans ses choix artistiques. Je ne suis pas fan du japonais chanté car cette langue reste pour moi assez étrange et violente mais j'ai adoré les nombreuses plages musicales que j'ai trouvé très propices aux rêves. J'ai vu dans Mieko Miyazaki une sorte d'Amélie Poulain nippone, facétieuse comme l'originale. Un vrai moment de paix intérieure et une véritable découverte pour moi.

Des conditions idéales pour écouter ensuite nos amis d'A Filetta. La découverte en ce qui les concerne est forcément moins vierge d'expériences passées mais à chaque fois, c'est un choc d'entendre une telle perfection et une telle osmose de groupe. Pour les puristes, ce mini concert a un goût de trop peu. Il y aura d'autres rendez-vous.
Un seul regret, j'aurais adoré entendre les voix d'A Filetta sur la musique du trio Miyazaki. Je sais qu'A Filetta a beaucoup de projets avec différents groupes et que leur perfectionnisme ne peut sûrement se satisfaire d'une petite improvisation de fin de concert mais c'est vraiment dommage car le but de réunir deux îles dans un même concert n'est-il pas justement de provoquer une rencontre des genres ? J'attends d'en savoir plus sur le projet d'échange entre le trio Miyazaki et le groupe Voce Ventu, autre groupe corse. Sur ce sujet voir la page dédiée à Voce Ventu.
Je repars de ce concert beaucoup plus zen qu'à mon arrivée et si les transports en commun n'étaient pas une telle épreuve, j'aurais eu plaisir à assister à d'autres spectacles de ce festival qui m'a l'air d'une très grande qualité et pour cause, il se base sur les succès (critiques et populaires ?) de l'année passée pour définir sa programmation.

Samedi 4 avril 2009 : A Filetta à St Quentin-en-Yvelines

C'est la deuxième fois qu'A Filetta se produit au théâtre de St Quentin-en-Yvelines. Une ville tellement à l'opposé de l'univers de artistes, un théâtre que l'on ne peut qualifier de chaleureux mais finalement très confortable.
La première fois (avril 2003) le site en était à ses balbutiements et je me souviens, non sans émotion, avoir échangé quelques mots à l'issu du spectacle avec Jean-Claude Acquaviva.
Ce soir, nous revenons au concert en famille et retrouvons Françoise, Anne-Marie et Jean-Claude Casanova.
Dès le début du concert, je sens que Jean-Claude Acquaviva prend la direction du groupe d'une manière beaucoup plus visible qu'habituellement. Lui, si à l'écoute de ses chanteurs, si juste, dans tous les sens du terme - musicalement mais aussi équitable - semble ce soir se surpasser. Il déploie une énergie et une force de conviction incroyables, du grand Jean-Claude Acquaviva ! J'apprendrai par la suite, qu'un des chanteurs étant grippé, Jean-Claude a redoublé d'intensité dans son interprétation pour rééquilibrer le groupe.
J'ai beaucoup aimé pour ma part ce concert différent, peut-être un peu moins homogène que d'habitude mais très émouvant, comme si, face à la fragilité de l'un des leurs, le groupe se ressoudait autour de son charismatique leader. C'est sans doute pour la même raison qu'A Filetta nous interprète ce soir des morceaux que nous n'avons pas entendu depuis longtemps, à savoir : Violetta, A Paghjella di l'Impiccati et le Lamentu di Ghjesu. Ce dernier chant termine le concert et je ne peux m'empêcher de penser à mon grand-père. Qu'aurait-il pensé de la vie de trentenaires de ses trois petites filles qui se sont retrouvées cette semaine, un peu par esprit familial, un peu grâce à internet ? Son esprit vif me manque souvent.
Sur le chemin du retour, je pense au fait que j'écoute assez eu de polyphonie chez moi. C'est un chant du recueillement qui nécessite une pleine concentration. J'ai du mal à rester chez moi sans rien faire. Les meilleures conditions d'écoute sont bien celles d'un concert. Ce soir, la sonorisation par micros d'ambiance était particulièrement réussie. La salle n'aura sans doute pas remarqué la différence d'interprétation du groupe car il faut être fans assidus pour percevoir les changements, et encore…J'espère néanmoins que l'auditoire aura été sensible à l'intensité de l'interprétation.
Mention spéciale également pour le travail de recherche du théâtre de St Quentin. Non seulement, ils ont pris le soin de faire un programme qui retrace les 30 ans de carrière d'A Filetta mais ils donnent aussi des pistes pour prolonger le spectacle. Un travail bibliographique qui touche la documentaliste qui sommeille toujours en moi. Voir le programme (bravo à Véronique Cartier, rédacteur, Isabelle Bigorne, assistante de rédaction, Sylvie Garnier, infographiste).

AFilettaStQuentin040409
Un environnement à l'opposé de la Balagne 
et pourtant la magie opère

AFilettaStQuentin040409
Un peu de rose pour réchauffer 
le gris environnant...

AFilettaStQuentin040409
Noir sur scène, or dans nos cœurs

Jeudi 25 mars 2010 : David Bismuth et A Filetta au Petit Palais (Paris)

A priori ce sera le seul et unique concert d'A Filetta sur Paris en 2010, donc autant vous dire que le rendez-vous était pris depuis longtemps.
Nous nous retrouvons avec Jean-Claude Casanova et Ursula (venue spécialement d'Allemagne) devant l'entrée du Petit Palais autour de midi. Il y a foule, un peu moins tout de même que pour l'expo YSL qui a lieu au même endroit.
Le concert est proposé par Arièle Butaux et sera diffusé sur France Musique.
A Filetta est en quelque sorte un invité d'honneur à l'initiative du pianiste David Bismuth avec "le défi de faire chanter le piano comme un ensemble de voix, et de réunir sept chanteurs en un seul et même instrument".
Curieusement, à part une très rapide introduction par David Bismuth, il n'y a pas de présentation des artistes (peut-être est-elle enregistrée à part ?).
L'auditorium du Petit Palais forme comme un cocon de bois autour de nous et j'avoue être particulièrement émue par l'extrait de la BO Himalaya l'enfance d'un chef, beaucoup écoutée ces derniers temps, dans d'autres atmosphères.
Pour autant, j'ai du mal à saisir le lien artistique entre musique baroque et polyphonies corses. D'autant plus qu'il ne s'agit pas d'une création (quand on connaît l'emploi du temps très chargé d'A Filetta tout s'explique) mais d'une juxtaposition de morceaux. Pour moi la polyphonie corse, même chantée par A Filetta, c'est le chant de la terre, des racines, des bergers, c'est plus âpre et rugueux que léger et aérien alors que le piano baroque, c'est la musique des salons, des dorures, c'est classique et noble au sens premier du terme; entre ces deux univers, tellement opposés l'un à l'autre, je peine à trouver le lien.
Il me faut attendre "La folie du Cardinal", magistralement interprété par le groupe, suivi d'un Aria d'Heitor Villa-Lobos, pour saisir la complémentarité des morceaux choisis. Je comprends alors que qu'à voulu dire David Bismuth lorsqu'il parlait de ses dix doigts comme autant de voix d'un même ensemble mêlés aux sept voix d'A Filetta comme autant de notes d'un même groupe. Bon, je l'admets, c'est un peu nébuleux à raconter mais ça se vit et surtout ça s'entend très bien, je vous assure !
Le dernier morceau, Liberata, marque la véritable rencontre entre le pianiste qui accompagne A Filetta dans un chant originellement prévu avec une partition musicale. Il y a pour ce morceau beaucoup d'écoute entre les artistes et c'est un instant magique car on sent que c'est une écoute toute neuve, hésitante, fragile. C'est touchant d'en être les témoins privilégiés.
Le cocon de l'auditorium, les voix d'A Filetta, la douceur de ce jeune pianiste aux converses en cuir, j'en ai presque oublié le temps et j'ai du mal à croire que quelques minutes avant le concert j'étais plongée dans le code de procédures collectives et qu'en revenant au bureau j'enchaînerai sur les traités fondateurs de l'Union Européenne. Ah si toutes les pauses déjeuner pouvaient être aussi précieuses et enrichissantes !

A Filetta au Petit Palais Paris (mars 2010) A Filetta et Daniel Bismuth, photo Jean-Claude Casanova

Dimanche 7 novembre 2010 : A Filetta, Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura dans Mistico mediterraneo, Scène nationale de Sénart, Combs-la-ville (77)
 

A Filetta, Paolo Fresu, Daniele di Bonaventura : Mistico Mediterraneo

Extrait du programme : rencontre de très haut niveau entre les stars de la polyphonie corse, la figure de proue du jazz italien et la bandonéoniste Di Bonaventura. Ce n'est qu'après avoir croisé les musiques de sa Sardaigne natale, dans des projets comme Sonos 'e memoriaou Etnografie, que le voyage de Paolo Fresu, à travers les sons de la tradition méditerranéenne, a accosté en Corse pour une rencontre inspirée par la polyphonie de l'île jumelle. Celui qui l'accompagne dans cette traversée est Daniele Di Bonaventura avec son bandonéon, instrument d'air et de respiration, anneau de conjonction idéal entre la trompette du fils spirituel de Miles Davis et Chet Baket et les sept voix du chœur d'A Filetta.
La création Mistico Mediterraneo, fille d'une longue amitié, est donc le fruit de l'imagination musicale de musiciens au juste point d'équilibre entre mémoire et novation. Une rencontre dont l'expressivité entre délicatesse et mélancolie, audace et recueillement, est bien la conjonction d'artistes au sommet de leur art.

Pour se rendre à Combs-la-ville depuis ma banlieue un dimanche froid et pluvieux de novembre, il fallait être sacrément fan ! Ceci dit, chaque concert d'A Filetta est justement l'occasion de réunir une petite bande de fans; il ne s'agit donc pas d'un simple concert mais d'un moment partagé entre amis (très enthousiastes) qui vaut largement le déplacement.
En 2010 A Filetta s'agrandit. Deux nouveaux acolytes, sardes de naissance et d'adoption, rejoignent le groupe le temps d'une création. Il s'agit du célèbre jazzman Paolo Fresu et de Daniele Di Bonaventura, musicien éclectique. Deux nouveaux compères et presque deux voix supplémentaires, tant la trompette de l'un et le bandonéon du second, apportent un souffle d'âme ou une respiration complémentaire aux voix des sept chanteurs. Jean-Claude Acquaviva nous avoue une certaine méfiance vis à vis de l'accompagnement musical mais on sent bien, à la très grande écoute qui unit les artistes, qu'hommes et instruments sont devenus amis. Cette récente fusion n'est pas le fait d'une improvisation. On imagine aisément qu'il a fallu décomposer les morceaux du groupe pour mieux les recomposer. Le résultat est probant. Les instruments ne se superposent pas aux voix, ils sont les 8 et 9ème voix, avec la pluie qui tambourine sur le dôme de la coupole, nous avons même un 10ème invité surprise. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il y a plus de légèreté dans l'interprétation d'A Filetta, au contraire, bugle et bandonéon apportent parfois plus d'intensité (tragique) ou plus de sensualité (c'est une perception personnelle qui n'est sans doute pas universelle). Paolo Fresu fait une utilisation très ingénieuse d'un système de sampling (boucle électronique) créant un écho du plus bel effet sur une nouvelle interprétation de la musique de Bruno Coulais BO du film Himalaya l'enfance d'un chef. Certains morceaux du groupe trouvent ainsi une nouvelle interprétation. A cela il faut ajouter de nouvelles créations que l'on aura plaisir à réécouter sur l'album Mistico Mediterraneao dont la sortie est prévue pour le 20 janvier 2011. La coopération entre A Filetta, Paolo Fresu et Daniel Di Bonaventura se poursuivra sans doute au delà de la sortie de cet album. Nous sommes en présence de "mystiques méditerranéens" qui ont semble-t-il beaucoup à partager.
 

 

Mardi 25 janvier 2011 : A Filetta au théâtre Le Village à Neuilly-sur-Seine (92)

Le premier concert de l'année 2011 nous a permis de retrouver nos amis autour du répertoire de l'album Bracanà; personnellement Bracanà n'est pas le CD que je préfère du groupe (trop sombre) mais il y avait, comme à chaque concert, de quoi satisfaire toutes les oreilles avec de magnifiques interprétations de chants traditionnels : une "paghjella" chantée par Jean-Luc, Paul et Ceccè et un "cuntrastu" chanté par Jean-Luc ainsi que les très attendues compositions de Bruno Coulais dont on ne se lasse pas.
La grande nouveauté 2011, se trouve dans la sonorisation du spectacle. Pour la première fois, les chanteurs ont inauguré avec succès un dispositif de micros-casques, façon Madonna mais dans le show qui va avec ! Quoique, la gestion des fils nous a laissé entrevoir quelques déhanchements prometteurs...Trêve de plaisanterie, ce dispositif est réellement performant puisqu'il traduit parfaitement le son, le silence, la modulation du souffle de chacun, sans perte d'émotion. On si habitue dès les premières notes, ce qui n'était pas toujours le cas avec les précédents systèmes. J'imagine qu'en 2011, on peut encore perfectionner cette sonorisation et faire sans fil afin d'éviter aux chanteurs d'avoir le soucis d'éviter les nœuds.  A suivre...
Autre micro-nouvelle sans rapport avec le concert : Monop (notamment celui de Neuilly) vend des mini-bouteilles d'eau Saint-Georges. C'est cher pour la contenance mais se payer un coup de Saint-Georges avant le concert d'A Filetta, est un petit plaisir gustatif et esthétique qui vaut la dépense.
Un vœu pour 2011 ? Qu'A Filetta réintroduise un peu de musique (et pourquoi pas de swing ?) dans ses compositions. Pas de la grosse caisse, on se comprend, mais quelques instruments acoustiques seraient les bienvenus. A suivre aussi...

25 février 2012 : Concert Méditerranée - Corse - Sardaigne, salle Pleyel à Paris.
Ensemble Constantinople, Barbara Furtuna, A Filetta, Paolo Fresu, Daniel Di Bonaventura.

Le communiqué de presse de la salle Pleyel.

Voir aussi sur leur site : http://sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=11761

Un article du Monde : http://www.lemonde.fr/m/article/2012/02/24/coup-de-soleil_1647561_1575563.html

 

 

Dans le cadre d'une programmation intitulée Méditerranée se produisaient d'une part le groupe Barbara Furtuna et l'Ensemble Constantinople (première partie) autour d'une création intitulée Canti di a Terra, d'autre part le groupe A Filetta et les musiciens Paolo Fresu et Daniele Di Bonaventura autour de leur création Mistico Mediterraneo (deuxième partie).

Une très belle salle, vraiment impressionnante par sa taille (2400 places), un son d'une qualité exceptionnelle, ce qui n'est pas toujours le cas dans les concerts sonorisés de polyphonies, des conditions de confort d'écoute vraiment optimales.

J'avais déjà entendu parler de la coopération entre Barbara Furtuna et l'ensemble Constantinople mais c'était une grande première que de l'entendre sur scène et de découvrir une musique persane qui s'accorde à merveille aux voix de Barbara Furtuna. Une musique qui m'est apparue comme la bande son idéale du merveilleux livre de Matthias Enard Parles leur de batailles, de rois et d'éléphants, lu peu de temps avant ce concert.

Pour reprendre un extrait de l'interview de présentation du spectacle donné par Kiya Tabassian du groupe Constantinople :"Comme une bonne partie de notre musique est basée sur l'écoute, ou l'oreille, et l'improvisation, il nous arrive à chaque représentation de nous surprendre mutuellement avec de nouvelles idées musicales, de nouveaux contre-chants ou de nouveaux rythmes. C'est une partie de plaisir que de nous retrouver sur scène et de communiquer si aisément ensemble, avec la musique".
Plaisir qui se sentait largement et qui n'a pas manqué de rejaillir sur le public.

Gros frissons en ce qui me concerne lors d'un solo de percussions de Ziya Tabassian et surtout lors du duo entre Maxime Merlandi et Kiya Tabassian autour d'un des plus beaux textes du répertoire corse : U lamentu di Cursichella. L'interprétation la plus connue de ce texte est sans doute celle de Petru Guelfucci mais celle de Maxime et Kiya, mélangeant ornementations corses et persanes est d'une rare intensité à vous donner la chair de poule.

Des coopérations qui pourtant ne se sont pas imposées d'elles-mêmes si l'on en croit les confidences des uns et des autres. Jean-Philippe Guissani de Barbara Furtuna évoque une impression de méfiance lorsque Constantinople s'est intéressé à leur chant. Jean-Claude Acquaviva d'A Filetta parle lui d'une méfiance à l'égard des instrumentistes d'une manière générale. Les deux groupes corses conviennent cependant rapidement que la rencontre harmonieuse, faite de respect et d'écoute, balaye vite tous les doutes. Jean-Claude ajoute même en parlant de Paolo Fresu et de Daniele Di Bonaventura : "Ce n'est plus tout à fait notre polyphonie, ce n'est plus tout à fait leur musique, c'est notre enfant. Un enfant qui peut paraître étrange ou déconcertant mais comme le disait le poète René Char, ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience".

Ce qui peut paraître étrange ou déconcertant dans Mistico Mediterraneo c'est justement son côté mystique. C'est pourtant ce qui peut aussi fasciner. L'intensité émotionnelle qui se dégage de la version "revisitée" d'Hymalaya a bien quelque chose du mantra, de la transe, presque de l'hypnose. J'avais déjà eu le sentiment lors de la dernière écoute de cette création sur la Scène nationale de Sénart, d'une création ajoutant une 8ème et 9ème voix aux 7 voix du groupe A Filetta. Paolo Fresu avec sa trompette est la voix malicieuse, espiègle, ludique. Daniele di Bonaventura, avec son bandonéon est la voix sensuelle et caressante. Le tout donne une coloration jazzy et une musique très cinématographique qui irait à merveille avec un bon polar.

La soirée se termine dans l'euphorie générale. Deux groupes phares de la polyphonie corse rassemblés le même soir dans une si belle salle, on peut difficilement rêver mieux…enfin si, une petite improvisation sur une place de village corse en été peut aussi vous tirer les larmes des yeux, c'est juste qu'à Paris il y a Pleyel et qu'en Corse il y a les places de village, donc autant tirer le meilleur parti de chaque environnement !

Seule déception, il n'est visiblement pas prévu de diffuser l'enregistrement de cette soirée qui ira enrichir les archives de la salle Pleyel et de la Cité de la musique : une raison de plus pour fréquenter les salles de concert ?

Mercredi 11 septembre 2013 et dimanche 22 septembre 2013 : Conversation(s)
à Calvi dans le cadre des Rencontres Polyphoniques pour le 11 septembre et à l'Eglise Saint-Mathurin de Larchant (77) dans le cadre du Festival d'Ile de France pour le 22. A Filetta et Fadia Tom El-Hage

 

In a Moussa (chant traditionnel)
Partenza astuta (création Puz/zle)
Yawno tlito (chant traditionnel sacré)
Amano Morio (chant traditionnel sacré)
Le lac (création)
Innal malaka (chant traditionnel sacré)
Benedictusage (création)
Notte tana (création Puz/zle)
Maroccu biancu (création Puz/zle)
L'annversariu di Minetta (création)
Treblinka (création)
Kyrie Eleison (chant traditionnel)
Nani (chant traditionnel)
E baioncule (création)
Inn el baray (chant traditionnel sacré)
Qolo d'Hut ahay rsyme (chant traditionnel)
U sipolcru (création)  

La version de ce concert a été initiée par le Festival d'Ile-de-France. Il s'agit pour partie d'un extrait de la bande-son du spectacle PUZ/ZLE du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui mais recentré uniquement sur les pièces écrites pour A Filetta et la chanteuse libanaise Fadia Tomb El-Hage. Ce progamme est complété par des chants empruntés aux répertoires respectifs des artistes, chants profanes ou sacrés, de tradition ou bien créés, interprétés en corse, en arabe ou encore en syriaque.
Sidi Larbi Cherkaoui : "A Filetta c'est un groupe polyphonique qui chante d'une seule vois, quant à Fadia, seule, elle chante comme tout un choeur. Lorsqu'on les écoute ensemble, on a l'impression d'entendre la planète tout entière".

Rendons grâce à Sidi Larbi Cherkaoui qui a permis à cette exceptionnelle chanteuse lyrique qu'est Fadia de croiser la route d'A Filetta. Il fallait être visionnaire pour savoir que la fusion des timbres serait à ce point renversante et que les mélismes des uns répondraient aux constructions harmoniques, modernes, complexes, parfois troublantes des autres.
Le pari n'était pas gagné pourtant. Les groupes polyphoniques corses essentiellement masculins se laissent rarement accompagner par une voix féminine. Mais quelle voix ! Quel charisme ! La présence de Fadia au milieu des chanteurs d'A Filetta semblait très naturelle, comme si deux niveaux d'exigence très élevés s'étaient trouvés et qu'ils ne pouvaient collaborer ensemble que de façon harmonieuse. Harmonieuse ne veut pas dire douce ici, c'était un concert très puissant.
Nous avons été subjugués par le beauté de ces Conversations entre Orient et Occident. Certains morceaux du répertoire d'A Filleta que je connais plutôt bien m'ont même parus sublimés par la voix de Fadia. Je dois même avouer que j'ai commencer à apprécier le morceau Treblinka seulement à partir de ce concert. J'ai aimé le bourdon, comme un écrin autour de la voix de Fadia, j'ai aimé quand ça scandait (Amano Morio), j'ai aimé les voix entremêlées, cette symbiose parfaite sur le Lac notamment.
La chance nous a été offerte de revoir ce spectacle en région parisienne dans une très belle église d'Ile de France avec un grand admirateur du groupe A Filetta (merci à lui de nous avoir cueillis à notre arrivée de Calvi pour nous transporter dans sa jolie auto en terres polyphoniques).
L'effet de surprise n'y était plus et pourtant ce fut un moment magique en dehors du temps. Le spectacle n'étant pas sonorisé, les chanteurs étaient un peu plus dans la retenue. Cette deuxième écoute nous a permis de ressentir encore plus l'intensité de l'émotion dégagé par les chants.
Il n'existe malheureusement pas de bande-son de ce spectacle. Le seul disque est la bande son originale du spectacle Puz/zle de Sidi Larbi Cherkaoui. Il s'agit d'un double album sur lequel on retrouve bien les chants d'A Filetta et Fadia mais pas à la suite les uns des autres. La première écoute est un peu déroutante pour qui n'a pas vu le spectacle mais au final on ne regrette pas l'achat. En dehors des passionnés de chant, ce disque me semble une très bonne bande son pour une répétition de danse classique, contemporaine ou orientale, pour un cours de yoga, pour un cours de pilate, sans parler bien évidemment de copier les chorégraphies de Sidi Larbi Cherkaoui mais plutôt d'élever son corps avec des chants qui élèvent l'âme.

Précisions sur les photos ci-dessous. Sur la photo prise à la cathédrale de Calvi, A Filetta est composé de huit chanteurs et non six. Deux nouveaux chanteurs, Stéphane Serra et François Aragni ont rejoint le groupe pendant les rencontres polyphoniques de Calvi dans une sorte de période probatoire avant le départ annoncé de Jean-Luc Geronimi et de Ceccè Acquaviva. Les fans du groupe ne peuvent qu'être tristes d'apprendre le départ de Jean-Luc et Ceccè mais l'on peut comprendre que le chanteur polyphonique corse dont le chant vient de sa terre natale ait du mal à vivre loin de celle-ci une bonne partie de l'année pour les besoins des tournées. Le choix entre vie familiale au pays et carrière artistique internationale s'est donc imposé pour Jean-Luc et Ceccè à qui on ne peut que souhaiter bonne chance dans leurs nouvelles vies respectives et bienvenue à Stéphane et François.

A Filtta / Fadia Tomb El-Hage, Calvi, septembre 2013
 

A Filtta / Fadia Tomb El-Hage, Calvi, septembre 2013

A Filtta / Fadia Tomb El-Hage, Larchant, septembre 2013

A Filtta / Fadia Tomb El-Hage, Larchant, septembre 2013

 

 

A Filetta et Fadia Tomb El-Hage Festival d'Ile... par festivalidf
Chaque concert du festival fait l'objet d'un petit film tourné le jour du concert.
Malheureusement nous n'avons pas eu l'occasion de donner nos impressions
(forcément enthousiastes et bonnes !) à la très sympathique équipe de tournage.

 

Les critiques concernant les groupes polyphoniques corses dans la presse nationale étant plutôt rares, je me devais de publier celle-ci.

Si l'on en croit les 3 f, il s'agit d'une critique favorable...favorable uniquement à Fadia Tomb El-Hage car j'ai été très choquée des termes employés par Madame Berthod pour parler d'A Filetta : choristes, monotone, pas très élégant ?

Chère Madame Berthod,
Tout comme vous, je reconnais que Jean-Claude Acquaviva est très charismatique, heureusement d'ailleurs, car s'il ne l'était pas, il ne serait pas à la tête d'un groupe polyphonique ayant réussi la prouesse de durer et de s'expatrier très loin des rivages insulaires. S'il vous a semblé s'approprier l'espace uniquement à son avantage c'est sans doute que les chanteurs polyphoniques corses sont peu habitués à partager la scène avec des femmes, d'où peut-être une certaine maladresse. Pour avoir vu ce concert deux fois, je pense que l'ensemble du groupe est transi d'admiration pour Fadia même si leur extrême pudeur peut masquer leurs sentiments.
Pour ce qui est des termes "choristes" et "monotone", je pense qu'ils ne peuvent s'appliquer au groupe A Filetta dont la recherche de l'excellence est une règle de vie, qui a porté le groupe si loin.
Pour conclure, si grâce à A Filetta nous avons découvert Fadia Tomb El-Hage, j'ai bien peur que vous soyez, de votre côté, passée à côté du groupe phare de la polyphonie corse, tout à votre (oh combien légitime) admiration pour cette talentueuse chanteuse. Dommage, une autre fois peut-être ?

 

A Filetta & Fadia à Colombes, photo Jean-Claude Casanova
A Filetta & Fadia à Colombes, photo JC. Casanova

Dimanche 7 septembre 2014 : A Filetta, Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura avec "L'isula scunnisciuta" en prologue des Rencontres Polyphoniques de Calvi 2014

Ci-dessous le compte-rendu de Jean-Paul Lottier pour CorseNetInfos.

Nouveau concert de création et immense succès pour "A Filetta"

On attendait 300 personnes, ils y en avait plus du double dimanche soir à Notre-Dame de la Serra, à Calvi, où le Groupe 'A Filetta" présentait son tout dernier concert de création. Religieusement, le public enivré s'est délecté de ces voix qui s'élevaient dans le ciel.
Quel moment de bonheur que celui offert dimanche soir par l'association culturelle " U Svegliu Calvese" qui, au terme des cérémonies religieuses et profanes de ce pèlerinage incontournable, invitait le Groupe polyphonique "A Filetta à présenter au pied de Notre-Dame de la Serra, sa toute dernière création "L’Isula Scunnisciuta".
Le groupe composé de Jean-Claude Acquaviva, Paul Giansily, François Aragni, Jean Sicurani, Stéphane Serra et Maxime Vuillamier, accompagné pour l'occasion par Paolo Fresu (Trompette, bugle) et Daniele di Bonaventura (Bandonéon était présenté par Orlando Forioso. Une présentation à la mode italienne qui ne manquait pas d'humour.

L'association culturelle du "Svegliu Calvese" était mobilisée pour l'organisation "millimétrée" de cette soirée.
Rappelons simplement que cette soirée s'inscrit dans le cadre du projet Interreg "Sonata di mare" , des projets européens qui réunissent des partenaires issus de régions transfrontalières. Chez nous,le projet est "piloté" par la région corse.

Trois prestataires ont été retenus retenus: Porto Latino, le centre culturel Voce, et le "Svegliu Calvese".
Ce projet
Sonata di mare présentait un double challenge: il fallait allier création musicale et développement durable. Pour la partie développement durable, tout le travail de l'association a été axé sur la pédagogie, avec le collège de Calvi, Une collaboration qui s'est achevée le 2 juin dernier à la presqu'ile de la Revellata, pour une journée qui réunissait tous les ateliers menés . La partie création musicale, on l'aura compris est l'œuvre du Groupe "A Filetta" qui présentait donc ce soir "L'Isula Scunnisciuta".
Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le public a apprécié ce grand moment.

Ce concert, nous l'avons écouté après une magnifique randonnée accompagnée dans les villages de Balagne, je dirais donc que c'était un peu le réconfort après tant d'efforts.

D'abord l'endroit, juste fabuleux, au pied de notre dame de la Serra, en plein air, au milieu de la pinède.
L'esprit jazzy apporté par Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura réinvente le genre polyphonique. Des instruments à vent, au pays du vent, ça fait sens ! Une très grande complicité mêlée d'admiration réciproque lie les artistes. Dans le public, j'ai remarqué beaucoup de concentration, parfois même du recueillement. Jean-Claude Acquaviva nous a confié sa difficulté à limiter les répétitions (dans sa quête de l'excellence et de la perfection) pour respecter une marge d'improvisation naturelle chez les jazzmen. On imagine très bien d'ailleurs que les improvisations voix et instruments se sont poursuivies jusque tard dans la nuit après le concert lors de la soirée privée organisée pour les partenaires. A noter l'extrême virtuosité de Paolo Fresu qui insère parfois juste ce qu'il faut d'électronique dans le son de sa trompette pour en modifier complètement la nature jusqu'à la faire passer pour un orgue, trop fort !
De grands artistes internationalement reconnus, un concert en plein air gratuit, la possibilité de voir nos amis des Rencontres polyphoniques, un petit verre de l'amitié offert par les partenaires à l'issu de la représentation, franchement que demander de plus !
A noter, un disque réunissant les artistes devrait sortir en octobre 2014.
En montant admirer la nuit étoilée dans l'enceinte de la chapelle, nous avons revu notre cheminement du jour sur la table d'orientation. Une journée bien remplie et une boucle bouclée !

A Filetta, Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura en prélude des Rencontres 2014 A Filetta, Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura en prélude des Rencontres 2014 La table d'orientation des villages de Balagne, quelle journée !

 

Paolo Fresu, !50, quinquagénèse, DVD

Une petite aparté pour parler du DVD PAOLO FRESU !50, quinquagénèse, 2013

Paolo Fresu serait têtu dans le bon sens du terme, c'est à dire qu'il mettrait tout en œuvre pour réaliser le projet qu'il a en tête. Il en aura fallu de l'obstination pour cette tournée !50, quinquagénèse, 50 nuits consécutives, 50 concerts en Sardaigne, 250 artistes pour fêter les 50 ans de Paolo Fresu. 50 concerts gratuits en plein air dans des endroits inattendus : la musique alimente le lieu, le lieu donne quelque chose à la musique et le public participe à l'évolution. Jean-Claude Acquaviva dit de Paolo Fresu que c'est l'artiste qui a réconcilié le groupe avec l'instrument, en témoigne le concert ci-dessus. Et comme le souligne un autre artiste invité, le secret de l'improvisation réside dans "a very good connexion".

Un DVD à savourer pour le documentaire de Marthe Le More autour de la tournée, pour les extraits de concerts et les interviews (pas toutes traduites en français il me semble). De cette performance sans esbroufe, on retiendra l'extraordinaire générosité de Paolo Fresu et son écoute des autres artistes. Ce DVD permet de saisir encore mieux ce qui le rapproche du groupe A Filetta. On ne peut qu'être admiratif du chemin parcouru par Paolo Fresu, lui qui a fait que le jazz italien soit reconnu de par le monde. En espérant que les 50 années à venir soient encore meilleures !

 

 

Les concerts à venir

Pour le calendrier des concerts, se reporter au site de Jean-Claude Casanova qui suit les déplacements du groupe de très près.
Voir aussi leur site Myspace.
A savoir, le groupe A Filetta est co-organisateur avec l'association U Svegliu Calvaise des Rencontres de chants polyphoniques qui se déroulent tous les ans en septembre à Calvi. Ces rencontres sont l'occasion de voir le groupe A Filetta se produire tous les soirs. En dehors de leur propre concert, ils accueillent avec beaucoup de générosité et de bienveillance des voix venues du monde entier à la rencontre de spectateurs avides de découvertes authentiques.

 

Le texte et les photographies de cette page sont en partie l'œuvre de  Jean-Claude Casanova qui a désormais son propre site L'invitu, site sous l'emblème de la fougère consacré notamment à A Filetta mais aussi à de nombreux autres aspect de la vie insulaire. 
Un site à visiter ! 

Jean-Claude et Anne-Marie Casanova
Jean-Claude et son épouse Anne-Marie avant le concert
 d'A Filetta à Nanterre le 8 avril 2006

Sur Jean-Claude Casanova : Issu d'une famille corse (ligne paternelle originaire de Sollacaro, maternelle de Sartène), il est né sur le continent et y réside toujours. Il n'a connu la Corse qu'à l'âge de 18 ans mais y retourne en famille pratiquement chaque année. Inconditionnel du groupe A Filetta depuis la fin des années 80, il assiste à un maximum de leurs concerts. De ce fait, il a souvent l'occasion de discuter avec Jean-Claude Acquaviva ou un autre membre du groupe, avant ou après les concerts. Un très bon correspondant donc, que j'ai eu beaucoup de plaisir à héberger. Il me fait l'honneur et l'amitié de pouvoir conserver ces pages sur A Filetta, même si je vous invite désormais à consulter son site pour en savoir plus sur ce groupe fascinant.

Merci à Jean-Claude Casanova pour sa très amicale collaboration à ce site. 
Crédit photographique : Jean-Claude Casanova

 

Jean-Claude CASANOVA : A Filetta, tradition et ouverture, de la polyphonie corse au chant du monde. - Colonna Edition, 2009.
Son site internet fait autorité depuis longtemps, désormais les amateurs d'A Filetta peuvent partager la passion de Jean-Claude Casanova pour un groupe essentiel de la polyphonie corse qui vient de fêter ses trente ans de carrière. Voir la page consacrée à Jean-Claude Casanova sur le site de son éditeur : http://www.editeur-corse.com/index.php?publier=jean-claude-casanova
Je recommande à tous la lecture de cet ouvrage car c'est un livre très bien documenté tout comme le site de son auteur. Ce livre n'est pas seulement un livre sur A Filetta. Il aborde brillamment la culture polyphonique dans son ensemble ainsi que le processus de création d'un groupe de chanteurs corses.
Voir sur le site de Jean-Claude un article de Véronique Emmanuelli pour la Corse Votre Hebdo (du 9-15 octobre 2009) : "En avant la musique, l'exception d'A Filetta".
La page du site de Jean-Claude consacrée à son ouvrage se trouve ici.

Un DVD consacré aux 30 ans d’A Filetta
trent’annipocu, trent’anni assai (trente ans c’est peu, mais tellement)
Il est paru le 30 novembre 2009 et a été réalisé par Cathy Rocchi.

Le coffret contient :
** un documentaire de 78 minutes, sous-titré en français, retraçant le riche parcours d’A Filetta, un parcours révélé par l’intime parole de chacun des membres du groupe actuel, étayée par des photos, lettres, témoignages, mots, voix et chants.
** un concert à l’oratoire St Antoine de Calvi, dans une prestation intimiste, inédite, offre une trentaine de chants qui firent et font le répertoire de cette formation atypique : chants traditionnels, musiques de film, œuvres créées pour le théâtre, répertoires tant liturgiques que profanes.
** un bonus audio 8 titres « Pè a scusa » livre quelques anciennes chansons du groupe issues d’albums aujourd’hui épuisés, ainsi que quelques inédits.

Ces documents ont été réalisés par Cathy Rocchi pour le magazine “Ghjenti” (France 3 Corse Via Stella).

 



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Dernière modification le 23/10/2015