POLYPHONIES CORSES


 


U LAMENTU DI CURSICHELLA

Cette page était depuis longtemps dans les cartons car j'ai souvent cherché une traduction de ce très beau texte.
Il se trouve que le livret du disque de Petru Guelfucci (Corsica, 1989) n'est pas complet concernant la traduction.
Finalement je l'ai trouvé l'été 2009 dans un livre d'Antoine Périgot (photographe) dont je parle aussi sur ce site.
J'ai recopié la traduction, un soir après une randonnée, chez Jean-Marc et Cathy.
Mais ce n'est qu'en 2012, en découvrant la version de Barbara Furtuna et du groupe Constantinople que le projet est remonté à la surface.
C'est un texte qui a du sens pour les corses nés en Corse et vivant sur le Continent ou ailleurs, ce qui n'est pas mon cas.
Ca ne m'empêche pas d'apprécier la beauté du texte et la puissance émotionnelle de cette complainte qui est un grand classique de la chanson corse.

U lamentu di Cursichella

Cursichella sfurtunata
mamma di tanti figlioli
sarai prestu abandunata
si qualchi rimediu ùn trovi
per tene vicino a te
i to frutti vecchji e novi

Tutti li to figliulacci
partenu a circa furtuna
ùn hai più conti a facci
ne menu speranza alcuna
al menu che t'ùn t'adopre
di a pastoghja o di a funa

Si ne vanu a lu strangeru
cume veri spatriati
di te ùn hanu più penseru
ne induv'elli so nati
quelli valorosi corsi
per a patria sacrificati

Chi ne penserà Sampieru
De Paoli o Sambucucciu
videndu chi lu s'imperu
hè miniciatu à di per tuttu?
a ruvina hè generale
e smarisce fondu e fruttu

Ùn ci hè più corsi di sanna
ùn ci hè che scarti di natura
di la so povera mamma
soca ùn hanu più primura
ma la vergogna hè per elli
s'ella more di malcura

Facciu un ardente preghera
e la mandu à a santa stella
s'ellu ci fosse manera
chi per avà s'hè zitella
d'allunga un pocu la vita
a la nostra Cursichella

Qui finiscu u miò lamentu
chi troppu male mi face
mi scappa guasi lu pientu
ne soffru e po' mi dispiace
che tu campi o Cursichella
'ncu u riscantu in pace
 

U lamentu di Cursichella (une traduction)

Petite Corse infortunée
Mère de tant de fils
Tu seras vite abandonnée
Si tu ne trouves pas de remède
Pour garder auprès de toi
Tes fruits vieux et nouveaux

Tous tes mauvais fils
Partent faire fortune
Tu n'as plus de compte à rendre
Ni même une espérance
A moins que tu n'adoptes
Les liens ou la corde

Ils partent à l'étranger
Comme de vrais expatriés
Ils ne pensent plus à toi
Ni même où ils sont nés
Ces valeureux corses
Sacrifiés à la patrie

Qu'en penseront Sampieru
Paoli ou Sambucucciu
Voyant que leur empire
Est menacé de partout
La ruine est générale
Le capital et les fruits disparaissent

Il n'y a plus de corses
Il n'y a plus que des déracinés
Je sais qu'ils ne se soucient pas
De leur pauvre mère
Mais la honte est sur eux
Si elle meurt de mauvais soins

Je fais une ardente prière
Et je l'envoie à Sainte Stella
S'il était possible
Bien qu'elle fût encore une enfant
D'allonger un peu la vie
De notre petite Corse

Ici finit ma complainte
Car cela me fait trop mal
Les larmes m'échappent
Je souffre et cela me déplaît
Tu dois vivre petite Corse
L'âme en paix

 

Traduction copiée dans le livre Natura Corsa d'Antoine Périgot et Gabriel-Xavier Culioli, Duculot (1992).
Traduction de Gabriel-Xavier Culioli ?
Paroles : Pampasgiolu Musique : Paul Moracchini

Ensemble Constantinople, Barbara Furtuna

Gros frissons en ce qui me concerne lors d'un solo de percussions de Ziya Tabassian et surtout lors du duo entre Maxime Merlandi et Kiya Tabassian autour d'un des plus beaux textes du répertoire corse : U lamentu di Cursichella. L'interprétation la plus connue de ce texte est sans doute celle de Petru Guelfucci mais celle de Maxime et Kiya, mélangeant ornementations corses et persanes est d'une rare intensité à vous donner la chair de poule.
 

Petru Guelfucci : Corsica, le disque sur lequel on trouve l'interprétation de Petru Guelfucci
 


 


 


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Dernière modification le 18/03/2012